La collection Dior FW26 de Jonathan Anderson : quand l’héritage rencontre la subversion avec poésie
Jonathan Anderson réinvente l’homme Dior en flâneur parisien, entre couture des années 50 et élégance fluide et opulente signée Paul Poiret.
Résumé
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La deuxième collection homme de Jonathan Anderson pour Dior s’inspire du flâneur « aristo-youth », mêlant les codes architecturaux de la Maison à l’opulence fluide et cosmopolite du légendaire couturier Paul Poiret.
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La silhouette explore avec jubilation le brouillage des lignes de genre et des codes formels, avec des vestes Bar ajustées et raccourcies, des queues-de-pie allongées, associées de façon inattendue à des long johns et à des chemises lavallières.
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La collection déploie un récit tactile sombre mais riche, où les pièces d’outerwear techniques prennent une dimension théâtrale grâce à des capes en brocart, des tweeds de Donegal et des broderies scintillantes.
Pour sa deuxième collection homme chez Dior, Jonathan Anderson tisse un récit où l’opulence historique croise l’énergie insoumise de la rue. La collection Automne/Hiver 2026 imagine une bande d’« aristo-youth » arpentant Paris en flâneurs contemporains. Leur errance les mène jusqu’à une plaque commémorative Avenue Montaigne, rendant hommage à Paul Poiret, le couturier légendaire qui a révolutionné le début du XXe siècle avec des silhouettes fluides et cosmopolites. Cette rencontre fortuite déclenche un éveil stylistique, fusionnant l’héritage structurel de Dior avec l’esprit indulgent et avant-gardiste de Poiret.
Cette saison, Anderson fusionne cette opulence de haute société avec une nervosité affûtée, sur fond d’atmosphère sombre et envoûtante signée Mk.gee. Les mannequins apparaissent perruqués de jaune vif et coiffés de pics, incarnant une allure suspendue entre les codes rigides d’hier et les possibles déformés de demain. Résultat : une joyeuse subversion des codes traditionnels. Anderson aborde le style comme un discours vivant, où un tailoring affûté et élancé — blazers impitoyablement raccourcis, vestes Bar cropped — percute le pragmatisme brut du denim et des parkas. La collection brouille délibérément la frontière masculin/féminin, jouant malicieusement avec l’idée de « s’habiller / se déshabiller ». Des chemises lavallières formelles et des gilets richement ornés se portent, à contre-pied, avec des long johns détournés en pantalons, pour une allure à la fois vulnérable et souveraine.
Ce « portrait de personnage » est profondément marqué par une rencontre fortuite à Los Angeles. Anderson a confié à la presse qu’en rencontrant Mk.gee, « Il n’était pas ce à quoi je m’attendais… il y avait chez lui une timidité que j’ai trouvée introvertie. Et je crois que ma manière de travailler, c’est de collecter des expériences ou des choses au fil du processus, puis de les infiltrer. » Cette énergie introvertie infuse les vêtements, se matérialisant en vestes cocon aux dos ballon et en bombers techniques qui se muent en amples capes de brocart.
Au fond, la collection se détourne des marqueurs traditionnels de richesse pour célébrer une excentricité brute et personnelle. Comme le souligne Anderson, « Pour moi, c’est comme un autre portrait de personnage. Il s’agit de style personnel, et en même temps de l’idée de faire abstraction de l’argent dans la notion d’aristocratie — qu’est-ce que l’excentricité ? » À travers les tweeds de Donegal et des broderies étincelantes, le défilé démontre que, pour l’homme Dior d’aujourd’hui, l’art de s’habiller devient un jeu d’associations spontanées et sans entraves.



















