Quand un pro du Tour s’habille enfin sans script
La nouvelle garde‑robe post‑Nike de Tommy Fleetwood révèle comme jamais l’influence des sponsors sur le style sur le Tour.
À quoi ressemblerait le style des golfeurs pros s’ils n’étaient pas corsetés par des contrats de sponsoring ? Si leur « script » vestimentaire n’était pas ficelé dès le premier trimestre en réunion stratégique avec les principaux décideurs ?
On a déjà vu le film côté matériel (les combos à la carte d’Adam Scott ou de Brooks Koepka viennent immédiatement à l’esprit). Mais les obligations de sponsoring tiennent la barre très serrée dès qu’il s’agit des silhouettes et du style qui façonnent le golf professionnel. Et si tout ça disparaissait d’un coup ? Le numéro 3 mondial, Tommy Fleetwood, est en train de nous montrer à quoi ça ressemble, en temps réel.
Au cœur des discussions sur les raisons pour lesquelles le style sur le Tour reste si sage et figé, il y a cette idée que les joueurs seraient, par nature, conservateurs. Mais cela occulte complètement le système qui tourne en arrière‑plan. Un système qui privilégie les contrats « total look », les impératifs de collections saisonnières et l’alignement d’image de marque, au détriment de l’expression personnelle.
Jusqu’en 2026, l’Anglais de 35 ans était chez Nike depuis le début de sa carrière professionnelle, et le Swoosh était devenu indissociable de son charme déterminé et très « working class ». Son vestiaire se composait des polos Dri‑FIT à motifs de la marque, de pantalons ajustés et des chaussures de golf Victory Pro 4. Une allure pointue, mais un brin anonyme à côté des autres joueurs siglés Swoosh comme Rory McIlroy et Scottie Scheffler. Mais quand Fleetwood fait son entrée au Dubai Invitational 2026, le premier signe qu’il a changé de chapitre ? Le pantalon. Sa coupe plus généreuse a très vite poussé les observateurs les plus pointus à se demander : « C’est du Nike ? » Non. « Attends, Tommy n’est plus chez Nike ? »
En grattant un peu, la séparation est confirmée. Aux côtés de son coéquipier de Ryder Cup, McIlroy, Fleetwood ressemble désormais moins à un mannequin de vitrine qu’à un type qui s’est vraiment habillé tout seul le matin. Libéré des contraintes d’une seule marque, il devient quelqu’un qui soigne sa silhouette, mélange les labels et superpose les pièces avec un vrai sens pratique. En clair, son style commence à refléter sa personnalité. Cela peut sembler le minimum syndical, mais dans le golf professionnel, c’est une vraie avancée.
Il pousse même le curseur un peu plus loin lors d’une apparition hors saison à la TGL, la ligue indoor pensée pour la télé sur ESPN. Sous les couleurs de Los Angeles Golf Club, Fleetwood se pointe en Students, une marque streetwear nourrie par la culture skate de la West Coast.
On pourrait y voir simplement l’histoire d’une évolution de style personnelle. Mais au‑delà de ce glow up, on entrevoit surtout ce qui se passe quand l’étau autour d’un joueur du Tour se desserre. Même si ce n’en est qu’aux débuts, son virage vestimentaire laisse penser que le style sur le Tour est peut‑être moins dicté par un manque de goût que par le carcan commercial qui l’encadre. Et là, une question s’impose : combien d’autres joueurs auraient, eux aussi, un vrai point de vue si on leur donnait l’espace pour l’exprimer ?



















