Le grand retour de Clipse s’achève en apothéose pendant la semaine des GRAMMYs
Vingt‑trois ans après leur toute première nomination aux GRAMMYs en 2003 pour un featuring, Pusha T et Malice enchaînent cinq distinctions historiques. Les frères reviennent sur leur ascension dans une conversation exclusive avec Hypebeast.
Le retour de Clipse est un véritable cas d’école.
Sans la moindre surprise, le retour de Pusha T et Malice sur le devant de la scène, en unité familiale hip-hop parfaitement huilée et survoltée, a bousculé puis dominé tout le paysage musical.
Presque deux décennies après la sortie de Til the Casket Drops en 2009, les frères de Virginie ont levé le voile sur un projet de réunion imminente, en restant flous au départ. Depuis la pause du duo, Push et Malice affinaient leurs discographies solo, se retrouvant ponctuellement pour des featurings uniques sur Jesus Is King (« Use This Gospel ») et sur le projet de NIGO, I Know Nigo (« Punch Bowl »), ainsi que pour une collaboration surprise sur l’album de Pusha It’s Almost Dry en 2022.
Les premiers signes de ce comeback sont apparus en juin 2024, pendant le défilé Louis Vuitton printemps-été 2025 de Pharrell à Paris, lorsque le nouveau titre de Clipse, « Birds Don’t Sing », a fait ses débuts dans la playlist immersive du show. C’est après le défilé que Clipse a confirmé qu’un nouvel album arrivait ; un projet qui, comme Hell Hath No Fury, était entièrement produit par Pharrell et enregistré à Paris, au siège de Louis Vuitton. Ils ont également confirmé que le quatrième album studio s’intitulerait Let God Sort Em Out.
Le premier single n’est arrivé qu’un an plus tard, « Ace Trumpets » en mai 2025. Initialement prévu pour 2024 et sans cesse repoussé chez Def Jam, il a finalement poussé Clipse à signer un contrat de distribution avec Roc Nation, le label de Jay-Z, et à sortir Let God Sort Em Out en indépendant.
« So Be It » a été dévoilé uniquement sur YouTube et Instagram (avec « So Be It Pt. II » teasé sur le podium du défilé Louis Vuitton printemps-été 2026, mais finalement jamais sorti), et « Birds Don’t Sing » ainsi que « So Far Ahead » sont arrivés sur les DSP quelques heures avant la sortie indépendante de Let God Sort Em Out le 11 juillet.
Porté par une promo énergique, le LP a immédiatement récolté une pluie de critiques positives, s’invitant dans de nombreuses listes d’« album de l’année » et autres best of. Une définition parfaite du comeback réussi, qui s’est encore affirmée à l’arrivée de la saison des nominations aux Grammy Awards.
La dernière nomination de Clipse aux Grammy Awards remontait à 2003, pour leur apparition sur « Like I Love You » de Justin Timberlake. Vingt-trois ans plus tard, les frères Thornton ont littéralement envahi la liste des nommés, décrochant cinq places : Album of the Year, Best Rap Album, Best Rap Performance pour « Chains & Whips », Best Rap Song pour « The Birds Don’t Sing » et Best Music Video pour « So Be It ».
Sans s’attarder sur les chiffres, dans une année où Clipse en a tout de même aligné de très beaux, les frères sont repartis avec 20 % de leurs nominations lors de la soirée des Grammy, en remportant le prix de Best Rap Performance. Un ratio que beaucoup ont vécu comme un snub, tant la présence de Clipse à la plus grande nuit de la musique allait bien au‑delà de ce taux de réussite dominical. Avant même la cérémonie, King Push et Malice avaient marqué les grands rendez-vous de la Grammy Week.
Le jeudi soir, les frères sont montés sur scène lors des Recording Academy Honors Presented by the Black Music Collective, livrant un set intemporel allant de « So Be It » à « Grindin ». Le vendredi, place à la Let God Sort Em Out celebration au Soho House de Beverly Hills, organisée par Clipse et Pharrell. De là, ils ont assuré le headliner de la United Masters Celebration of Independence –– un événement ouvert au public –– où ils ont livré un set généreux mêlant classiques et titres favoris de Let God Sort Em Out . Pharrell est même apparu sur scène – à peine une minute – avant de regarder tout le concert depuis le balcon VIP. P a observé sa propre production d’en haut, avec autant d’émerveillement que le reste du public.
Le dimanche des Grammy n’a pas tenu toutes ses promesses, du moins sur le plan des chiffres, mais le duo a offert une performance saisissante de « So Be It » avec Pharrell. De la neige tombait sur le trio en silhouettes monochromes, qui a livré un moment envoûtant, porté par les chœurs Voices of Fire, originaires de Virginie.
Cette scène résume à la perfection ces légendes du hip-hop. Pour Clipse, il ne s’agit pas de chiffres ni de streams, mais de communauté. Plus de vingt ans après leur premier album, ces rappeurs recordmen continuent de représenter les leurs, en plaçant le lien humain et la fierté de leur ville natale au‑dessus de tout.
Push et Malice en disent plus sur la trajectoire de ce comeback, à la lumière de leur ascension dans le coke-rap.
La dernière fois que vous avez été nommés aux Grammy, c’était en 2003 pour « Like I Love You ». Ramenez‑moi au Clipse de 2003 : comment les décririez‑vous ?
Malice : Je dirais que nous sommes restés très proches de ce que nous étions. La même faim, la même concentration, le même esprit de compétition et la même confiance dans notre talent et notre créativité. À l’époque, évidemment, nous n’avions pas encore l’expérience, et beaucoup de choses semblaient nouvelles, mais nous savions que nous étions exactement là où nous devions être.
Qu’est‑ce que vous portiez aux Grammy 2003 ?
Pusha T : Tu sais, on était habillés pour la neige ! Malice portait un grand manteau « snorkel » oversize, et moi un énorme puffer. Baggy jeans. Timbs. J’avais un bob. Le look était vraiment pile dans l’air du temps. Peu importe l’événement, quand on sortait, tu savais qu’on allait être frais.
Avançons jusqu’à cette année : cinq nominations. Quelle a été votre première pensée, votre réaction à cette annonce ?
Pusha : En y allant, on était ultra confiants d’avoir créé un projet qui méritait d’être reconnu. Je ne vais pas prétendre que ce n’était pas un objectif. On est des compétiteurs, mec. On veut se mesurer aux meilleurs – et gagner – au plus haut niveau. Mais recevoir cinq nominations, dont certaines qu’on n’attendait pas, comme Best Music Video et Album of the Year, c’était une superbe surprise et un vrai honneur. Cette nomination pour Album of the Year, c’est fou. Hennessy a même pris le soin de nous créer des cocktails sur mesure, baptisés d’après des titres de Let God Sort Em Out. On a un Espresso Martini au Hennessy baptisé « So Far Ahead », créé en collaboration avec Grindin Coffee.
Quel conseil donneriez‑vous au Clipse de 2003 ?
Malice : Je ne sais pas si j’aurais un conseil à donner qui changerait le résultat, parce que j’aime vraiment là où nous en sommes, et tout s’est vraiment déroulé selon le plan de Dieu. Je dirais simplement : « Continuez à croire en vous et en votre talent, et tout trouvera sa place. »
Comment avez‑vous vu l’industrie musicale évoluer depuis ?
Malice : Honnêtement, on a tout vu passer. Et au fond, c’est toujours la même histoire. La grande différence, c’est qu’on a aujourd’hui la possibilité d’être indépendants, créatifs, et de travailler avec des partenaires qui comprennent notre vision. C’est une vraie bénédiction.



















