Le design selon A$AP Rocky : à l’intérieur de l’empire du rappeur, bien au‑delà du micro
De la scénographie d’espaces à la haute joaillerie en passant par ses propres collections runway, le « Fashion Killa » autoproclamé prouve que sa vision créative va bien plus loin que le studio d’enregistrement.
Il y a plus de dix ans, Rakim Mayers se proclamait sans détour « Fashion Killa ». À l’époque, c’était un gimmick irrésistible et la démonstration éclatante de sa maîtrise absolue du style. Aujourd’hui, l’expression est presque réductrice. A$AP Rocky ne se contente plus de citer des maisons de luxe sur des prods surpuissantes : il est en train de bâtir, concrètement, son propre empire du design. En s’éloignant du micro pour s’imposer derrière la table à dessin, Rocky a passé ces dernières années à se muer, en toute discrétion, de superstar du rap en véritable directeur de création pluridisciplinaire.
Qu’il réinvente le design d’intérieur avec sa marque d’objets pour la maison, qu’il lance une ligne de haute joaillerie imprégnée d’histoire vénitienne ou qu’il prenne d’assaut les fashion weeks internationales, Rocky est officiellement entré dans sa grande ère du design. Décryptage de la façon dont il est en train de graver son héritage dans le monde réel.
L’ascension de hOMMEMADE : du mobilier conceptuel à l’âme street
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Lorsque Rocky a lancé son studio de design mobilier, hOMMEMADE, il est apparu d’emblée qu’il ne se contentait pas de coller un logo sur du merch basique. Il signe un design industriel ultra conceptuel, provocant, parfaitement abouti. La marque a récemment fait parler d’elle en investissant une célèbre maison moderniste pour Basic.Space LA, qu’il a entièrement scénographiée avec ses propres pièces imaginées sur mesure. Cette prise de pouvoir architecturale a prouvé que Rocky maîtrise le jeu des volumes et des perspectives, mêlant esthétique mid-century et visions futuristes infusées de culture hip-hop.
Mais ce sont les objets pris un par un qui montrent jusqu’où il est prêt à repousser les limites. Prenez la SATELLAMP de sa Galaxy Collection. Vendue entre 35 000 et 50 000 $ US, cette pièce spectaculaire, mi-lampe mi-projecteur, est réalisée dans un mélange brut et industriel de contreplaqué, MDF, Dibond et cartes électroniques apparentes avec LED intégrées. En jouant sur la nostalgie, hOMMEMADE a aussi dévoilé une console de jeu rétro sur mesure, qui marie culture gaming vintage et design de studio contemporain ultra léché. La pièce la plus provocatrice reste sans doute le vertigineux Trash Bag Couch. Créé en collaboration avec Crosby Studios et affiché à 300 000 $ US, ce canapé imite un tas d’ordures de rue. Une véritable leçon de subversion, qui oblige le monde de l’art à regarder en face l’intersection entre rudesse urbaine et exclusivité ultra-luxe.
PAVĒ NITEŌ : crânes, alter ego et haute joaillerie vénitienne
Si son mobilier fait des déclarations tonitruantes, Rocky a opté pour une approche nettement plus furtive avec sa ligne de joaillerie, PAVĒ NITEŌ. Déposée en mai 2024 par A$AP Rocky Ventures, Inc., la marque est restée soigneusement confidentielle jusqu’au moment où il a choisi de la dévoiler en grande pompe.
La grande révélation a eu lieu lors des débuts couture de Matthieu Blazy. Habillé de la tête aux pieds en Chanel, Rocky a captivé l’assistance avec des bagues PAVĒ NITEŌ en forme de crâne, exhibées bien en vue à ses doigts. Il a ensuite confirmé que la collection — qui comprend pour l’instant des bagues et colliers d’une grande complexité — est une collaboration avec la Maison Codognato, joaillier vénitien historique fondé en 1866, réputé pour mêler symbolisme, histoire et savoir-faire inégalé.
Les origines de ce partenariat sont profondément personnelles. Rocky avait déjà acquis deux des fameuses bagues-crânes aux yeux bandés de Codognato, qui ont directement inspiré cette nouvelle collaboration. En reliant son travail de designer à sa musique, les pièces PAVĒ NITEŌ incarnent les six personas distinctes de son ère DON’T BE DUMB , faisant écho aux visuels d’album aussi troublants que brillants imaginés par Tim Burton. Il a même propulsé la collection sur la scène mode ultime en portant ces pièces au Met Gala 2026, prouvant que ses accessoires sur mesure imposent un zoom instantané.
Aux commandes de la vision chez PUMA et Ray-Ban
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Le terrain de jeu créatif de Rocky ne se limite pas à ses projets indépendants : de grandes maisons patrimoniales mondiales lui remettent littéralement les clés de leurs archives. PUMA l’a nommé Creative Director de son partenariat très médiatisé avec la Formula 1. Chargé de combler le fossé entre sport automobile ultra-rapide et streetwear global, Rocky a passé son mandat à réinventer l’esthétique de la F1. Entre capsules sur mesure infusées de panache façon Harlem et campagnes ultra visuelles qui célèbrent la rencontre entre car culture et mode, il redéfinit totalement le racewear pour une nouvelle génération.
Et comme si révolutionner le sportswear ne suffisait pas, Rocky vient aussi de marquer l’histoire de la lunetterie. Ray-Ban l’a nommé premier Creative Director global de la marque, un tournant majeur pour cette maison octogénaire. Il ne s’agit pas d’un simple titre honorifique d’égérie : Rocky a pris les commandes de Ray-Ban Studios pour orienter l’avenir de la marque. Chargé aussi bien de lancer des collections de rupture — comme sa première série de Mega Icons plaquées or, ultra black — que de piloter les campagnes mondiales et de repenser les boutiques physiques Ray-Ban, il est en train de modifier durablement la trajectoire de ce géant iconique de l’eyewear.
AWGE, Chanel et la redéfinition du runway
Impossible de parler de l’ère design actuelle de Rocky sans saluer ses avancées spectaculaires dans la mode, à commencer par son propre label, AWGE. Rocky a officiellement dévoilé la très attendue collection apparel d’AWGE en 2024, pendant la Paris Fashion Week, prouvant qu’il avait tout pour diriger une véritable maison de création. Dans les années qui ont suivi, AWGE a rapidement étendu son influence, en collaborant avec des poids lourds comme COMME des GARÇONS SHIRT et Opium sur des drops ultra convoités. La marque a également signé le merch viral de son album DON’T BE DUMB , fusionnant à la perfection ses univers musical et stylistique avant de s’emparer, en toute logique, du runway de la New York Fashion Week.
Au-delà de son propre label, sa relation durable avec Chanel continue de bousculer les codes. Cette maison de luxe française, traditionnellement très exclusive, a rarement propulsé des figures masculines au rang d’ambassadeur officiel. Rocky a littéralement fait exploser ce plafond. En intégrant Chanel dans son vestiaire du quotidien — qu’il mixe vestes en tweed et denim baggy, ou qu’il accumule les perles à côté de ses bagues-crânes PAVĒ NITEŌ — il redéfinit ce que peut être le menswear au sein des maisons héritage. Il ne se contente pas de porter les vêtements : il les re-stylise à travers un prisme résolument new-yorkais et hip-hop.
Le verdict
A$AP Rocky n’est plus seulement un musicien qui s’amuse avec l’esthétique. Entre les ambitions architecturales de hOMMEMADE, le savoir-faire historique de PAVĒ NITEŌ, les succès runway d’AWGE et son travail pionnier avec Chanel, il trace une voie que très peu d’artistes sont capables d’emprunter. Il nous avait prévenus qu’il était un Fashion Killa il y a des années — aujourd’hui, il est tout simplement en train de construire un nouveau monde.



















