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Rema, l’étoile montante de l’afrobeat à la conquête du monde
Entretien avec le kid du Nigeria à l’ascension fulgurante.

Il n’a que 19 ans, une poignée de morceaux à mettre à son actif et, pourtant, le monde se l’arrache déjà. Lui ? C’est Rema, Divine Ikubor de son vrai nom. Véritable star montante de l’afrobeat, ce kid de Bénin City, au Nigeria, a gravi les échelons de la musique à une vitesse folle et ses quelques clips mis en ligne sur Youtube culminent déjà à plusieurs millions de vues. Souvent comparé à Wizkid, lui aussi originaire du Nigeria, le jeune Rema a commencé à populariser sa musique en 2019 à coups d’EPs et a rapidement connu un franc succès auprès du public grâce notamment à la fraîcheur de ses lyrics et à sa joie de vivre transpirante.

Mais que le jeune âge de Rema ne vous trompe pas : le petit est déjà mature et sait très bien où il veut aller. Après avoir conquis son pays, c’est désormais le monde entier qui se trouve dans sa ligne de mire. Grâce à un savant mélange entre l’univers trap et rap de ses débuts, l’influence de l’Église où il a commencé le chant, et l’afrobeat dont il a naturellement hérité, sa musique a tout ce qu’il faut pour s’affranchir de n’importe quelle frontière. Même Barack Obama ne peut résister à ses compositions enivrantes.

De passage à Paris à l’occasion d’une tournée promotionnelle en Europe, l’enfant de Bénin City s’est confié pour HYPEBEAST FRANCE. Et s’il a fallu quelques minutes pour qu’il se détende et lui faire sortir son sourire candide, c’est entre humilité et timidité que Rema a accepté de nous parler de son ascension fulgurante. De son enfance difficile au Nigeria avec la perte de son père et de son frère aîné au soutien que lui a apporté la religion, en passant par la gestion de sa nouvelle vie et de toutes ses nouvelles sollicitations, entretien fleuve.

Tu es LA star montante de l’Afrobeat et tu as seulement 19 ans. Ça fait quoi de devenir une grande célébrité presque du jour au lendemain ?

Je me sens heureux, tu sais. Ce n’est pas facile pour les jeunes au Nigeria. On est 200 millions d’habitants au Nigeria, tu vois. Et de pouvoir connaitre le succès parmi toutes ces personnes, c’est massif. Les opportunités sont tellement limitées pour certains d’entre nous, l’éducation est limitée… C’est vraiment un énorme privilège. J’ai l’impression d’avoir été choisi pour quelque chose de grand et c’est quelque chose d’exceptionnel. Je suis heureux de ce que je suis en train de faire pour ma famille, ma ville, mon pays et l’Afrique. Donc oui, c’est un grand privilège.

Comment as-tu commencé la musique ? Il paraît que tu as fait tes premiers pas dans la chanson à l’église ? À quoi ressemble ton voyage dans la musique jusqu’ici ?

J’ai commencé très jeune chez moi. Ma mère et mon père avaient l’habitude de jouer toute sorte de musique à la maison. Moi, j’ai été inspiré par le gospel. Ensuite, j’ai appris à rapper. Au début, je remixais les chansons gospel de l’Église et je rappais dessus. Puis j’ai commencé à apprendre à écrire mes propres lyrics et j’ai commencé à jouer mes nouveaux morceaux à l’Église. Finalement, j’ai rejoint la chorale et tout est parti de là. Avant, je rappais vraiment beaucoup, j’ai commencé à 7 ans. C’est quelque chose que je prenais vraiment au sérieux. À cet âge-là, je faisais plutôt du dessin. Et j’étais assez indécis quant au fait de devoir choisir entre la musique et le dessin. Mais à 11 ans, j’ai arrêté le dessin et j’ai persévéré avec la musique. L’Église m’a énormément apporté. Elle m’a apporté l’espoir, la confiance, la croyance et la force d’être capable de conquérir le monde.

Pour toi, le meilleur moyen d’exprimer ta créativité était la musique ?

Tu sais, quand tu es une dans cave, tu aperçois deux manières de quitter cet endroit. L’une où tu aperçois la lumière du soleil et l’autre totalement obscure. Vers laquelle irais-tu ? Celle avec la lumière du jour, car elle représente mieux l’espoir de sortir de cette cave, non ? Eh bien, c’est pareil pour moi. J’ai suivi le chemin qui me semblait le plus lumineux. Je recevais plus d’appréciations pour ma musique que pour mes dessins. Plus d’ovations, plus de respect aussi. Les gens me délivraient également plus de prophéties à travers ma musique. On me disait : “tu seras une grande star”. Je crois que tout cela est la lumière que j’ai aperçue quand j’ai décidé de continuer la musique de manière sérieuse. Mais je dessine toujours pour autant. Parfois, je dessine mes idées avant d’essayer de les mettre en pratique. Je dessine mes visions.

Dans tes morceaux, tu mélanges l’anglais à un dialecte du Nigeria, quel est-il ? Et, du coup, on se demande : de quoi parle ta musique ?

Ouais, le Pidgin. Pidgin English. Ma musique parle de beaucoup de trucs, tu sais. Bon, la plupart de mes chansons, pour l’instant, parlent de filles magnifiques et d’amour. Je parle aussi de mon pays, de ses problèmes et de la manière de les régler. Ma musique parle aussi beaucoup de fictions, d’illusions auxquelles j’ajoute également des traits de ma personnalité et de mes engagements que j’essaie de prendre dans la musique avec mes nouveaux morceaux. J’appelle ça le “Bad Commando”. Un soldat spécialement entrainé pour une mission particulière. Donc, tout ce que je viens de te dire, cela représente ma mission spéciale. Je suis un soldat qui se bat pour trouver de nouveaux sons, je suis en première ligne, tu vois ?

Avant le chant et l’afrobeat, tu faisais surtout du rap. Pourquoi tu as changé de style ?

Je rappe toujours, mais j’y ajoute des trucs plus mélodieux. Avant, c’était vraiment du rap hardcore. Je faisais des truc à la 2Pac. Mais, dans ma ville, Bénin City, c’était pas vraiment leur truc. Donc j’ai dû y ajouter des mélodies pour leur faire apprécier mon rap.

Qui sont les artistes qui t’inspirent ?

Il y en a tellement… J’ai beaucoup d’idoles. (Il réfléchit) Mais je dirais : Kid Cudi, Kanye West, Drake, Fela Kuti, Lana del Rey, Daft Punk, Muse, XXX Tentacion, Travis Scott.

Alors que tu n’as que quelques chansons à mettre à ton actif, tu fais déjà office de star, toi le kid du Nigeria. Quel message tu veux porter avec ta musique ? Tu démontres ici que la musique n’a pas de frontières.

C’est exactement ça. Je ne veux pas de frontières à ma musique. De la même manière, je ne veux pas qu’il y ait de frontières pour le message que je souhaite délivrer. Je veux passer tous les messages possibles. Je veux chanter à propos de tout. Je veux que les gens puissent s’identifier, peu importe qui ils sont ou ce qu’ils traversent. L’amour, la tristesse, la dépression… Tout. Je veux pouvoir sortir n’importe qui de n’importe quelle misère et le motiver. Il n’y a aucune limite que je fixe au message que je veux donner avec ma musique.

En écoutant tes morceaux, on se rend compte que tu maitrises beaucoup de styles différents. Tu peux aussi bien faire de la trap, du RnB, de l’afrobeat donc et parfois un mélange de tout ça. Cette diversité musicale, c’est ce qui fait ta force ?

Oui, c’est ma force. Je peux faire tous les styles que tu veux. Mieux que ça même, je peux tous les réunir en un seul. C’est le “Rema”. Rema signifie pour moi “Révélation d’une autre dimension”, donc j’ai l’impression que c’est un nom qui colle bien à ma musique.

Et pourquoi Rema ?

 

C’est mon nom d’artiste. J’ai lu ce mot à l’Église, c’est un mot latin je crois. Dans la Bible, Dieu change parfois de prénom. Quand j’ai lu ce mot, j’ai su que c’était le mien. Avant, mon nom d’artiste c’était “Bliss”, mais ça ne m’allait pas vraiment. Alors quand j’ai vu “Rema”, j’ai dit à tout le monde que c’était mon nouveau nom. Je leur ai dit que c’était comme une révélation d’une autre dimension. C’est un nouveau monde, une nouvelle phase.

Photos REMA x HYPEBEAST

Cagoule : Rudi Gernreich, Veste superposée en dessous : Kolor, Veste par dessus : Levi’s Made & Crafted, T-shirt : Tommy Hilfiger, Jean : Boramy Viguier, Baskets : Nike

L’afrobeat au Nigeria, c’est quelque chose qui marche beaucoup ? On note que le style s’exporte à l’international et notamment aux U.S où il commence à prendre une très grosse ampleur…

Ça grandit, ça grandit énormément. Je suis ravi de faire partie de ce mouvement. Ça se répand partout dans le monde. Les gens commencent à comprendre qu’on ne fait pas seulement de la musique bruyante. Mais une musique qui parle à tout le monde et sur laquelle n’importe qui peut danser. On veut simplement que les gens acceptent cette musique.

À 19 ans, tu es encore tout jeune. Il n’est pas trop intimidant ce nouveau monde qui s’ouvre à toi ? Tu es bien entouré ?

Je sais que je suis jeune. Je sais que je suis déjà confronté à des choses auxquelles je ne devrais pas (rires). Mais tout ça, ça ne concerne que moi, tu vois ce que je veux dire ? Je suis préparé, déjà. Je suis responsable. Je sais ce qui est bon et ce qui est mauvais. Je me teste constamment pour ne pas aller dans la mauvaise direction. Je reste concentré. Tout le temps, les gens sont là en mode “Yo, bois ça”, “Fume ça”. Mais non, je n’en ai pas besoin. J’ai fait ma musique jusqu’à présent sans boire ni fumer ce genre de trucs. Donc, je peux continuer. Je reste moi et je prie Dieu pour avoir plus de forces afin de faire face aux multiples tentations dont je fais l’objet.

Comment tu gères toutes ces nouvelles sollicitations ?

J’ai prié pour tout ça. J’ai prié pour ces moments. Donc, c’est dur pour moi de me plaindre. Même si, parfois, au fond de mon cœur, j’ai envie de me plaindre. Mais c’est ce dont j’ai toujours rêvé et Dieu me l’a donné. Alors, pourquoi se plaindre ? Je préfère ne plus dormir plutôt que de me retrouver dans la situation dans laquelle j’étais auparavant, où je souffrais. Je suis heureux, tu vois ?

Bien que tu sois jeune, on te regarde désormais comme le leader d’une génération, le leader de la jeunesse nigériane même. Ça ne te fait pas peur ? C’est une responsabilité que tu es prêt à endosser ?

Oui. J’en ai envie, en tout cas. Mais… (il réfléchit). Dieu veut ça pour moi. Parfois, je doute de moi-même. Et ce n’est pas bon. Je fais trop attention à mes capacités physiques et pas assez à mes capacités spirituelles. Parfois je me dis “tout ceci est trop gros pour un simple gamin comme moi”. Mais Dieu me fait comprendre : “Tu peux le faire”. Et si j’arrive à mener tout ça à bien, à garder la tête sur les épaules, je peux avoir une statue. Je ressens les responsabilités, oui, et j’aime le fait de me tester. Je crois sincèrement que je peux réussir.

Ça fait quoi d’être un modèle d’inspiration ? Et surtout, toi qui viens du Nigeria, ça fait quoi de porter haut les couleurs de ton pays à travers le monde ?

C’est incroyable. Il y a beaucoup de légendes du Nigeria qui me donnent de la force. Ils aiment ce que je fais. Je fais mon propre chemin. Je ne demande de l’aide à personne. Mon équipe et moi, on fait notre truc, on reste concentré. On n’a pas beaucoup d’amis. Certains, quand ils veulent marquer l’histoire, demandent de l’aide un peu partout. Nous, on reste concentrés sur nous-même. Cela surprend pas mal de monde d’ailleurs. “Vous n’avez demandé l’aide de personne et vous êtes déjà si haut ?”. Ça fait que six mois, tu sais. Seulement six mois… C’est géant. Cela fait des décennies qu’un artiste n’est pas parvenu à s’extirper de Bénin City. Pire, au sein même du Nigeria, c’est dur pour quelqu’un de Bénin City d’être reconnu à sa juste valeur et encore plus pour un musicien d’avoir sa musique jouée dans le pays. Moi, j’ai réussi. Je suis sorti de Bénin City, je suis sorti du Nigeria, je suis sorti d’Afrique… c’est grand.

On sait que tu as traversé des moments très difficiles dans ta jeunesse… Tu peux quand même nous parler un peu de ton enfance ?

C’était presque terrifiant, tu sais. Ce n’était pas facile pour ma mère, mes sœurs et mon frère. Les choses étaient loin d’être simples. Nous n’avions pas d’argent, nous ne mangions pas toujours, nous n’avions pas l’électricité, l’eau. Je ne te parle même pas de l’éducation, on ne pouvait pas payer les frais. Mais tout ça m’a fait m’élever, grandir plus vite. J’ai dû me comporter en homme plus tôt que prévu. C’est pour ça que, quand bien même je suis jeune, j’ai la maturité nécessaire pour affronter n’importe quoi.

Ta maman, elle en pense quoi de tout ce succès qui s’abat sur toi ?

Elle est vraiment fière de moi. Au début, quand rien ne se passait dans ma vie, elle ne recevait que très peu d’attention et même très peu de respect. Et aujourd’hui, c’est juste fou. Être capable de pouvoir lui fournir ce dont elle a besoin et lui donner l’opportunité de sourire à nouveau… Avant, c’était très dur de la faire sourire, tu comprends ? Mais, maintenant… C’est super.

Elle ne s’inquiète pas trop de te savoir toujours un peu partout dans le monde maintenant ?

Oui, elle est très inquiète. Elle veut toujours savoir où je vais (rires). J’essaye de la tenir au maximum au courant. Quand elle essaye de me joindre sur mon numéro nigérian et que ça ne passe pas, ce que signifie que je suis hors du pays, elle s’inquiète forcément.

Tu vis toujours au Nigeria ?

Oui, bien sûr, j’y vis toujours. Je ne veux pas abandonner cette culture et cette vibe. J’ai grandi là-bas. Si tu n’es pas capable d’être un roi dans ton pays, comment tu veux être un roi ailleurs ?

Tu es souvent comparé à Wizkid dont l’histoire se rapproche beaucoup de la tienne. Vous venez d’ailleurs tous les deux du Nigeria. Ça te fait plaisir cette comparaison ? Tu le connais personnellement ?

Je ne le connais pas personnellement. Je l’ai rencontré une fois et je lui ai demandé une photo. C’est quelqu’un de très bien, c’est une légende même. Il a fait évoluer l’afrobeat au niveau supérieur. Comme d’autres, comme Burna Boy. Je respecte tout le monde et toutes les comparaisons. Mais je ne me préoccupe que très peu de ce que les gens pensent. Je reste fidèle à ce que je crois.

Tu as sorti déjà 3 EPs, c’est pour quand ton premier album ? Tu bosses déjà dessus ?

J’ai vraiment plein de sons en attente. Quand mon équipe sentira que c’est le moment pour nous de sortir un album, elle n’aura qu’à piocher dans ce que j’ai déjà en stock. Dans l’absolu, l’album est déjà prêt. En ce moment, je ne fais qu’enregistrer de nouveaux sons et quand ce sera le bon moment, on sortira ça.

Comment tu envisages ton futur ? Quelle est ta plus grande ambition ?

Je veux simplement atteindre les sommets. J’ai l’impression que ce que j’ai en tête est même plus grand que ce que Dieu voit pour moi. Et par sa grâce, je veux accomplir énormément de choses. Pas seulement pour moi, mais pour mon pays et pour l’Afrique. J’ai aussi comme rêve de remplir d’énormes stades, des arènes. J’ai énormément d’espoirs, aussi. On va voir comment tout ça se déroule…

Une dernière question pour toi. En regardant ta page Instagram, on se rend compte que tu portes un certain soin à la manière de t’habiller. Le style, c’est important pour toi ?

Le style, c’est très important. Tu ne peux pas t’attendre à ce que tout le monde aime ta musique, mais certains peuvent aussi m’aimer pour mon style. Certains vont me kiffer pour mes cheveux, d’autres pour mes boucles d’oreilles ou des détails comme ça. Donc oui, c’est important. Surtout que je représente aussi une génération et cette génération revendique aussi un certain look. Si tu fermes les yeux, tu visualises aussi un certain look pour chaque génération. Genre si je te dis “pense aux années 90”, tu vas imaginer immédiatement à quoi elle ressemblait et les identifier avec un style. Eh bien, pour nous c’est la même chose et c’est ce que j’essaie de mettre en place.

Photos REMA x HYPEBEAST
Manteau : Valentino, T-shirt : Tommy Hilfiger, Jean : Boramy Viguier, Baskets : Nike

Credits
Art Direction
09h29ArtspaceStudio pour HYPEBEAST FRANCE
Stylist
09h29ArtspaceStudio pour HYPEBEAST FRANCE
Editor
Léo Vanpoulle
Creative
Template : Hanadi Mostefa
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