Les JO Vont-Ils Tuer Le Skate ? Tentative De Réponse Avec 4 Skaters

Entre peur et résignation.

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C’est en 2020 lors des JO de Tokyo que le skateboarding deviendra officiellement une discipline olympique. Pour la toute première fois des riders viendront représenter leur sport dans le cadre de cette compétition sportive internationale. Un sujet sensible dans la sphère des skaters, parce que beaucoup considèrent la pratique avant tout comme un plaisir et un art. Et comment peut-on juger un art ? Nous avons tenté de comprendre avec la team Volcom, présente à Paris, pourquoi les skateboarders sont indécis sur l’entrée du skate aux JO de Tokyo dans deux ans.

L’âme du skateboarding en danger ?

Pour tous les skaters interrogés, la peur est la même. Celle de voir le skateboarding devenir un sport plus qu’une passion. “Même si nous pouvons faire les deux, les Jeux Olympiques vont rendre la pratique très professionnelle et amener les gens à devoir s’entraîner toute la journée, tous les jours et ça ôtera la notion de plaisir et d’amusement qui est liée au skate“, explique l’américain Alec Majerus, médaillé d’argent aux X Game de 2017, et qui a 23 ans envisage quand même de s’entraîner sérieusement pour les JO. Son avis est partagé par Rune Glifberg, skateboarder professionnel depuis 1982 et participant du tout premier X Games en 1995 : “Tout le monde était contre les X Games à l’époque, les gens se disaient : ‘mais ils ne savent pas ce qu’ils font !‘, ils pensaient que les organisateurs des X Games allaient tout gâcher et maintenant, 23 ans plus tard, les X Games ont su s’adapter à ce que le skateboard est, au lieu de dicter ce qu’est le skateboard. J’espère que c’est ce qui va se passer avec les JO. Le skateboard n’est certainement pas seulement un sport, c’est plutôt une culture, une forme d’art, un artmotion et il sera difficile de le juger comme un sport. C’est ça que tout le monde craint“.

Si Glifberg reconnait que les JO apporteront une certaine exposition à la pratique du skateboard et de nouveaux moyens, qui pourraient aider à construire des skateparks par exemple, il redoute comme tous les autres que la notion de compétition vienne tuer l’essence même du skate : “L’âme du skateboard pourrait disparaître mais que voulez-vous faire ? Les JO vont avoir lieu, il faut faire avec et trouver comment le skateboarding peut en bénéficier. Si vous regardez un autre sport, comme le basket par exemple, vous trouverez toujours différents niveaux. Il y a les niveaux élites avec la NBA, puis le basket universitaire et le basket de rue. Pour le skateboard, c’est la même chose qui va arriver, vous aurez différentes couches avec des gens qui profiteront du skate comme un plaisir et les autres qui s’entraîneront pour les Jeux Olympiques. Mais honnêtement, je pense que les Jeux Olympiques ont plus besoin du skateboard que le skateboard n’a besoin des Jeux Olympiques, en réalité”.

Et si on pourrait croire que Glifberg, véritable OG du skate, refuse le changement parce qu’il fait partie des générations antérieures, il n’en est rien. Ce sont les skaters de tout âges qui redoutent cette grande première. Le britannique de 26 ans Harry Lintell, qui skate depuis ses 12 ans, est lui catégorique. Il n’est pas pour la participation de sa pratique aux JO : “Comme la plupart des skaters je pense que ça va profiter au skateboard et intéresser de nouveaux kids et ainsi faire grandir notre pratique, mais pour moi, le skateboard est plutôt une forme d’art. C’est une manière de dire qui vous êtes plus que ‘ce que vous faites’. Et comment pouvez-vous juger l’art ?“.

Comment mettre des notes sur une pratique non définie ? Une œuvre d’art a-t-elle une valeur objective ? Ce sont toutes ces questions que soulèvent les skaters de la team Volcom en cet après-midi à Paris sur le place de la République, endroit choisi par la marque pour installer une nouvelle rampe.

 

 

“Le skate, c’est du street art”

Mais les JO ne pourraient-ils pas participer à effacer les clichés et stéréotypes liés au skateboarding ? “Les Jeux Olympiques vont sans aucun doute attirer l’attention du public vers le skateboard, mais les gens vont encore être agacés par le bruit ou le fait de faire de la planche dans la rue. Moi je vois surtout le skate comme une belle manière d’activer les espaces dits ‘morts’ dans une ville. Il apporte du mouvement et de la vie dans des endroits statiques, et surtout dans des lieux où les gens viennent au bureau de 9h à 17h et qui sont ensuite vides de vie. Le skateboarding apporte également de la sécurité dans ces ‘dead spaces’, en maintenant de l’activité et en donnant une présence justement dans ces espaces désertés“, explique Glifberg, qui veut rendre ses lettres de noblesse au skate. “Si l’on regarde le skate comme un art de la rue, alors il devient du street art. Les skateurs s’adaptent et trouvent leur propre truc, tout comme le street art, en naviguant dans l’environnement qui les entoure et en jouant avec“, conclue-t-il.

Mais si le sujet est au cœur des discussions de la scène skateboarding, aucune tension n’existe entre les pro et les anti-JO. “Certaines personnes sont dans les deux camps donc il n’y a pas de combat dans la scène skateboard, mais je pense que les gens vont apprendre à skater juste pour la compétition, et je ne vois pas le skate comme un sport. Pour moi les Jeux Olympiques en font un sport“, ajoute le skater professionnel Ben Raemers.

Pour l’instant les modalités de qualification aux JO de Tokyo pour la catégorie skateboarding ne sont pas connues. Les skaters peuvent encore rêver à un événement qui respectera leur art. “La vie imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie”, disait Oscar Wilde. Alors laissons les JO imiter le skate ?

 

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