Josman – Le coeur n'est pas si froid sous le polo
Rencontre avec le discret rappeur à l'occasion de la sortie de son nouvel album SPLIT.
Josman – Le coeur n’est pas si froid sous le polo
Rencontre avec le discret rappeur à l’occasion de la sortie de son nouvel album SPLIT

La pochette de l’album est dark, le visage jamais clairement à découvert. 11h37 à Paris un lundi de mars, le hoodie est orange, les yeux pétillent, le sourire est franc. On peut déjà voir deux personnalités chez Josman qui nous assure qu’il n’en n’a pas 23, comme le personnage du film SPLIT de M. Night Shyamalan dont il s’est inspiré pour le titre de son album tout comme le nombre de titres sur la tracklist. 23 morceaux donc et 23 bonnes raisons d’en connaitre un peu plus sur le Loup-Garou du rap français. Tapi dans l’ombre d’une industrie comme rationnée depuis trop d’années, qui avale jusqu’à l’overdose des textes et des intrus, Josman, lui, ne semble sortir qu’au crépuscule. Attendant soigneusement son public, celui qui vient chercher son reste lorsque la horde a fini de faire du bruit. Le même qui se languit de l’ambiance calfeutrée de la nuit pour finir un festin servi par le rappeur en proie à un spleen prenant le grand huit. Tantôt la tête à l’envers, tantôt le cœur serré, Josman livre avec SPLIT le journal de ses nuits dévorées par le loup qu’il est lui-même. Parfois égaré dans le labyrinthe de ses états d’âmes, attaqué et attaquant en amour mais toujours affamé, Josman se splitte, laissant ses textes être les notes de bas de page de son psyché. Loin de la pénombre d’une nuit cafardeuse, Josman nous a raconté, un peu, de quoi le loup se méfie.

Veste,pull à Capuche Et Pantalon : Benklark, Casquette : Savoir Faire, Basket : Axel Arigato

HYPEBEAST FRANCE : J’ai envie de commencer cette interview par une anecdote que nous a raconté ton producteur Matthieu Tessier il y a quelques minutes. Tu as dévoilé un merch pour accompagner la sortie de ton album. Mais lorsque tu as découvert que les t-shirts étaient simplement floqués et non brodés tu lui as, je cite, “tout envoyer à la gueule”.

Josman : (rires). Oui, c’est vrai. J’aime quand les choses sont bien faites. En musique, en vidéo, tout ce que j’entreprends en réalité. C’était trop simple, je voulais que ça soit plus qualitatif et j’ai préféré largement broder un logo que le floquer quitte à ce que notre marge soit moins élevée. On a finalement fait ça avec du fil argenté.

Est-ce que le côté business de la musique te dérange ?

Si on en revient aux t-shirt, je préfère plutôt ne rien vendre que de mettre en ligne quelque chose sous prétexte que c’est facile à vendre. Je préfère vendre plus cher même si on s’expose au risque de moins écouler de pièces. Je ne serai pas l’aise avec ça sinon. C’est mon côté aussi perfectionniste ça, je peux pas dire que je suis anti-business, ça me dérange pas de faire de l’argent (rires).

Tu ne joues pas le jeu en tout cas de l’abattage sur les réseaux sociaux. Tu n’apparais qu’à l’approche de sortir un projet, et même là tu ne donnes que l’info que tu veux donner. C’est de la timidité ou un rejet des réseaux sociaux ?

Un peu des deux je pense. Je suis timide ça c’est sur, je n’aime pas non plus m’exprimer pour ne rien dire. Un bon post avec les informations nécessaires pour la personne qui me suit et qui attend ces infos là, c’est suffisant. Je les sais aussi pour mes clips c’est vrai que je poste souvent qu’une seule fois et je laisse le temps au gens de le digérer, d’écouter ou réécouter un morceau sans que j’ai besoin de quémander.

Le titre de l’album est une référence au film de M.Night Shyamalan et le nombre de titres présents sur le tracklist une référence au nombre de personnalités du héros (23). Qu’est ce qui t’a marqué dans ce film ?

Je ne pense pas être schizophrène mais j’ai, pas non plus différents personnalisés, mais en tout cas différents mood. Plusieurs facettes en tout cas, sans être versatile ou lunatique. Toutes ces facettes font que dans ma musique j’ai plusieurs goûts, plusieurs inspirations.

Et toi tu as combien de personnalités alors ?

Musicale j’en ai beaucoup plus que 23 je pense. Dans la vie, ça serait plutôt 2 ou 3 Jos distincts que seuls mes proches arrivent à cerner ou distinguer.

En écoutant l’album, nous on a distingué en tout cas trois grands thèmes. L’amour, la drogue et le spleen. Aucun ne va l’un sans l’autre selon toi ?

J’y avais pas vraiment réfléchi mais je pense que dans la vie on passe par tellement d’émotions qu’elles peuvent parfois devenir un gros cercle vicieux. On peut passer d’une personnalité à une autre en fonction de ce qu’on vit donc oui surement que ces trois éléments s’alimentent les uns les autres.

On peut presque sentir l’odeur de la weed en écoutant cet album.

(Rires) Oui, c’est vrai que c’est un peu ma mauvaise habitude. Mauvaise habitude parce que c’est surtout pas ouf d’en avoir besoin parce que j’estime si je fume autant et si j’ai autant envie de fumer, c’est devenu un besoin. Et c’est ça qui est dommage. Pas tant la drogue en elle-même, on voit que la weed est utilisée dans certains traitement médicaux. Ça peut aussi être récréatif, convivial, parfois. Ce n’est pause mauvaise plante, en revanche ressentir le besoin d’allumer tous les jours et tout le temps, ça c’est dangereux.

Je vais te reprendre l’expression mauvaise plante. Dans l’album on sent que tu as l’impression de ne pas avoir été planté au bon endroit. Il y a ces deux phrases notamment qui sont marquantes : “J’me réveille, j’rêve que j’quitte ce monde”, “Quand je vois c’monde et c’qu’il devient/Je ne sais même pas c’qui m’retient”.

J’espère ne pas être une mauvaise plante mais je sais que parmi toutes les espèces vivantes qui existent sur terre l’être humain est celle qui détruit le plus le monde en tout cas. Avec ces phrases, je traduis mon envie de voir autre chose, que le monde se passe autrement.

On ressentait déjà ce sentiment dans tes anciens projets. À tout juste 27 ans tu as toujours ce même ressenti d’outkast ?

Bon d’abord laisse moi aller sur Google Traduction tout de suite.

L’impression d’être à la marge… D’être extérieur, de ne pas trouver sa place.

Il y a complètement de ça. Je prends par exemple les réseaux sociaux, la première chose que je me dis quand je vois tous ces gens qui dévoilent tout je me dis : ‘mais ça ne vous fait pas peur de vous montrer comme ça, qu’il y ait autant de monde qui regardent, de chercher à ce que tout le monde vous regarde ?’. Moi j’ai du mal avec ça en tout cas.

Ça te met mal à l’aise ?

C’est surtout de la pudeur. Moi, j’ai beaucoup de pudeur.

Veste Et Pantalon : Louis Vuitton, Baskets : Filling Pieces

Quand tu parles d’amour on peut distinguer deux Josman, celui au cœur brisé et celui qui brise des cœurs. Faut se décider oh.

Je pense qu’on a tous ces deux facettes, le coté briseur de cœur et le côté cœur brisé. C’est l’ambivalence humaine ça.

Le cœur est toujours froid sous le polo ?

Assez. J’ai peut-être besoin qu’on me le réchauffe (rires). Je crois que ça vient aussi d’un manque de confiance dans l’autre. Personne n’est infaillible et on peut me décevoir. Je fais confiance à pleins de gens, attention, mais dans pas dans un large cercle. C’est aussi dans ma personnalité, socialement quand je ne connais pas je suis assez réservé. Mais j’aime la distance et mon jardin secret.

Quel est ton rapport à l’amour d’ailleurs ?

Hum, dure question. L’amour a plusieurs facettes et je dirais que j’ai du mal avec certaines plus que d’autres. J’ai du mal par exemple avec l’appartenance dans un couple mais aucun problème avec l’amour, le sentiment, au contraire. C’est deux choses complètement différentes. Je dirais que j’ai du mal avec le coté social de l’amour et aucun mal avec le coté naturel de la chose. Les types de relations par exemple, on a des cases sociales de relations, regarde sur Facebook tu pouvais choisir des statuts.

Dans SPLIT il y a beaucoup de références à la lumière, on sent le sombre, les ombres, les rayons de soleil parfois. Ça donne presque l’impression que cet album a été écrit dans le noir. Dans la pénombre…

Ce que tu as dis c’est vrai j’ai enregistré cet album dans une toute petite pièce sombre. Je ne sais pas si c’est la couleur que je voulais lui donner mais je réalise que je n’ai quasiment pas écrit de morceaux pendant la journée.

Cet album on croit savoir qu’il n’a pas été enregistré en extérieur…

Oui, tout a été fait chez moi. Pour J.O.$ j’avais un tout petit appart de 18 mètres carré donc la place principale qui était à la fois la chambre et le salon était aussi mon studio. Aujourd’hui j’ai déménagé et j’ai un plus grand espace et une petite pièce que j’ai aménagé en studio, juste à côté de ma chambre.

Veste : Valentino, T-Shirt : Bape, Bonnet Personnel

Il y a aussi la nostalgie. Ça c’est un autre thème que je n’ai pas cité. “Je regrette hier”. Tu as peur de grandir, de vieillir ?

Je regrette hier pour les fautes ou les erreurs qu’on a tous pu commettre. Je voudrais me repentir parfois. Et justement je veux grandir, je cherche à grandir.

Cette référence au passé à l’enfance on la retrouve dans le titre “Bambi”, qui est encore un enfant de la forêt.

Oui et qui grandit au fur et à mesure du clip. A la fin on le voit complètement adulte c’est la métaphore pour dire que je suis rentré dans ma vie de Bambi adulte. Je travaille, je paye mes factures. je crois qu’on peut dire que je suis un Bambi adulte.

Ça fait un peu plus d’un an que tu bosses sur l’album est-ce qu’il y a beaucoup de titres que tu as laissé de côté ?

Non, tout est sur l’album.

L’équipe est toujours la même que sur J.O.$ ? 

Oui et non. On retrouve Eazy Dew, mais aussi mon petit frère qui est producteur externe sur le projet et qui a bossé sur quelques intrus sous son nom Myster (Mallette, Lifestyle, Seul). Il m’a accompagné sur la prod que j’ai signé pour le titre Bambi. On a aussi bossé avec deux musiciens, Miguel Lopes et Clément Libes, qui nous ont aidé à faire de la bonne musique. À l’image on retrouve toujours Marius Gonzales.

Peux-tu nous parler justement du travail de Marius Gonzales. L’artwork pour l’album est vraiment puissant.

Comme pour le titre de l’album, j’ai voulu m’inspirer du film et mettre en avant les multiples mood que j’ai, ce sont pas des personnalités pleines comme l’acteur du film de Shyamalan pourrait avoir mais comme les trois thèmes que tu as cités tout à l’heure, je voulais qu’on ressente un peu d’amour, de spleen sur la cover. Et l’effet miroir brisé en mille morceaux pour toutes nos cassures et aussi tout simplement pour l’idée de morceaux de musique.

Et les featurings .. Seth Gueko, Chily, Hamza, Leto. Comment se sont faites les connexions ?

Je savais déjà avec qui je voulais collaborer pour cet album, sauf Chily que j’ai découvert pendant que j’enregistrais. Je l’ai trouvé très fort, pour l’anecdote j’ai entendu son morceau dans un magasin je l’ai shazamé et puis je lui écris directement. Pour Hamza, on est allé à Bruxelles.

Hamza c’était un feat demandé par le peuple ça depuis longtemps.

JOui, je l’ai beaucoup lu ça. J’aime beaucoup ce qu’il fait. Je savais que le jour où j’allais me décider à faire des featurings, c’est lui que j’appellerai en premier. J’attendais juste d’avoir le bon son à proposer. Et sauf pour Chily j’avais déjà des sons à proposer à chacun d’eux et ils ont tous tout de suite accepté. Seth Gueko c’est une longue histoire mais pour essayer de faire une longue histoire plus courte, j’avais écris un texte très rap mais je le voulais mélodieux. Non, ça va être trop long à raconter. Bon, un jour je reçois un message de Seth alors qu’un ami à moi est en train d ‘écouter un de ses titres à côté de moi. Donc tu te dis, c’est un premier signe. Mon petit frère aimait également beaucoup Seth donc ça faisait une autre bonne raison. Il m’a invité ensuite à venir dans son nouveau restaurant qu’il a ouvert en région parisienne et je venais de finir un titre la veille. Autre signe.

Booba disait récemment que les jeunes n’étaient pas au niveau. Qu’est ce ça t’inspire ?

Je ne peux pas me sentir dévalorisé par ce qu’il a dit, c’est un constat qui est réel, général et global. Je pense que les gens se sont focalisés sur les peu de noms qu’il a dit mais c’est une vérité : les jeunes qui débutent se prennent moins la tête sur l’écriture qu’auparavant. Pour nous, le rap français est devenu ce qu’il est devenu grâce à l’écriture et aujourd’hui il n’y a plus cet effort là. Moi j’écris, je progresse. Mais je ne me suis pas senti visé, il a donné quelques noms mais je ne pense pas qu’il ait voulu être aussi réducteur, ça témoignait plutôt d’un constat global.

Toi depuis ta bulle tu regardes ce qui se fait dans le rap français ?

Oui, cette bulle elle reste transparente et depuis laquelle je peux voir le monde extérieur. Sur Instagram par exemple, je regarde beaucoup de gens qui font du motion design. Après, en musique j’écoute ce qui ses fait partout dans le monde. Qu’est-ce que j’écoute en ce moment ? (il sort son téléphone) J’aime bien Swae Lee, Key Glock, et en français je l’ai dit tout à l’heure, j’aime beaucoup Chily. Le vendredi souvent je check ce qui sort et j’écoute. Après dans les moments de conception d’album je m’écoute moi-même beaucoup par perfectionnisme..

Manteau Superposé De Bas En Haut : The North Face, Lanvin

Il y a une autre anecdote, celle-ci date un peu mais quand tu travaillais chez Foot Locker tu as un jour choisi de démissionner lorsque ton boss de l’époque ne t’avait pas accordé de jour de repos pour aller tourner un clip. Plus besoin de démissionner de nulle part en 2020.

C’est vrai que maintenant je ne fais que de la musique. Enfin pas que. Sur les projets Josman, je fais aussi du graphisme, beaucoup de direction artistique et ça comprend plein de métiers en même temps. J’ai personne en relation avec le label par exemple donc je suis un peu mon propre manager. Je bosse aussi sur la scénographie de la scène pour la tournée. Beaucoup de validations à envoyer, pour le merch, vidéo promo de l’album… Faire des petits taffs, ça m’a aidé à comprendre comment était géré un business, à comprendre l’organigramme. La hiérarchie aussi.

Est-ce que cet album tu l’as fait écouter à ta famille ? Tu avais déjà expliqué que tu avais du mal à parler de ta carrière de rappeur avec tes proches c’est toujours le cas ? 

Non, ils ne l’ont pas entendu et oui j’ai toujours du mal avec ça et ça sera toujours le cas toute la vie. Sauf si je fais de la variété.

Avec quoi tu n’es pas à l’aise ?

Tout à heure par exemple tu m’as dis qu’il y avait des phrases où on pouvait se demander si j’allais bien, je ne voudrais pas qu’ils s’inquiètent. La vulgarité aussi. Ils savent, mais de moi-même je ne pourrais pas faire la démarche d’aller vers eux pour leur présenter.

Tu sais, toutes les mamans quand elles croisent leurs amies au supermarché elles se demandent toujours entre elles : ‘alors il fait quoi ton fils ou ta fille dans la vie maintenant ?’ Ta maman, elle répond quoi tu crois ? 

Que je fais de la musique.

Tu as un mot que tu as envie de dire pour conclure cette interview ?

Est-ce que tu as écouté l’album ?

Oui.

Quel titre tu as préféré ?

“Factice”, pour tout ce qu’on vient de se dire ici. Ce titre mélange tous tes sentiments, on sent un spleen sur une instru qui à l’inverse donne envie d’être fier. Pour cette relation que tu as, que l’on a avec les réseaux sociaux, factice justement, et pour cette phrase : “La guerre arrive plus gratuitement que la paix”.


Credits
Interviewer
Hanadi Mostefa
Art Direction
09h29 Artspace Studio
Photographer
Fedor Bitkov
Stylist
Louis Battistelli / 09h29 Artspace Studio
Set Designer
09h29 Artspace Studio
Retoucher
Fedor Bitkov
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