Rencontre à Barcelone avec Samuel Umtiti pour parler mode (et parfum de la victoire)

De prime abord, il a l’attitude qu’on lui reconnaît sur les terrains, celle du défenseur central rugueux qui a fait le bonheur de la France l’été dernier. Le regard est concentré, et il le transpose aussi sur nos photos, comme s’il avait vu en l’objectif l’attaquant qui pourrait filer dans son dos. À l’écart des terrains et des projecteurs cela dit, Samuel Umtiti est aussi cet homme qu’on a tous découvert lors de cette Coupe du monde 2018, entre son fameux “parfum de la victoire” et le désormais légendaire “cassage de démarche” : un gars marrant qui aime rire et faire rire. Ainsi, dans cet hôtel barcelonais où il nous a conviés pour un shooting, le joueur du Barça a chambré et balancé des vannes entre ses poses, avec pour vecteurs les vêtements. Parce que oui, “Big Sam” aime la sape. On le voit sur Insta, on le ressent dans ce moment intimiste : curieux face aux pièces qu’on lui présente, il touche, interroge, demande le nom des marques, et n’a pas plus d’appréhension devant des bottes ou un pantalon croco que face aux meilleurs attaquants de la planète. Sa personnalité, la mode, la Coupe ramenée à la maison : discussion fleuve avec ce champion du monde “pour toujours“, parce qu’il aime le répéter, “ça, on ne pourra jamais me l’enlever“.

Gauche – Veste : Botter, Pull : Acne Studios, Jean : Fendi, Sneakers Hermès. Droite – Veste : Dior Homme, Col roulé : Undercover, Sac Saddle de Dior Homme

HYPEBEAST FRANCE : Samuel, on croit sentir quelque chose… N’est-ce pas le parfum de la victoire, que tu as mis pour l’interview ?

Samuel Umtiti : Attends laisse-moi voir (il plonge le visage dans son t-shirt). Hum, attends… Non c’est pas celui-là. Je l’ai mis ce matin, mais j’en ai remis un autre cet après-midi.

Bon, en même temps, il n’y avait rien à gagner cet après-midi…

Ouais, au final ça ne servait pas à grand-chose (rires).

On est parti sur la Coupe du monde. Cela fait presque un an maintenant, à froid désormais, qu’est-ce que tu ressens à l’évocation de ce titre ?

Beaucoup de fierté, de joie, ce sont des moments que je n’oublierai jamais. On croise souvent des gens qui nous en parlent, donc même si ça va faire un an, on a l’impression que c’était hier. J’ai beaucoup de plaisir à me le remémorer et y compris à en parler, ces moments-là resteront gravés toute ma vie.

Ça a changé quelque chose pour toi personnellement ? Tu as sûrement gagné en notoriété, et tu as dû être d’autant plus attendu à l’entame de saison…

Oui, le regard des gens a changé. C’est plus seulement Samuel Umtiti, c’est Samuel Umtiti “le champion du monde”, on a tous ce statut. Après moi, ça n’a rien changé dans ma vie quotidienne, si ce n’est une Coupe en plus.

On a vraiment découvert ta personnalité sur cette Coupe du monde en tout cas, découvert un mec très drôle, est-ce que tu dirais que cette compétition t’as aussi permis de t’exprimer, de montrer ta nature au grand public ?

C’est vrai. Sur le terrain je suis un défenseur assez rugueux donc on me voit plutôt froid. Mais dans la vie, au quotidien, et les personnes que je côtoie le savent très bien, je suis quelqu’un qui aime sourire, faire des blagues à longueur de journée, et là on va dire que ça s’est vu sur la compétition.

Le souvenir le plus marquant à ton sujet est sans aucun doute ton “cassage de démarche” à la suite de ton but face à la Belgique en demi-finale. C’est marquant à un point que dans la chanson emblématique de la victoire de Vegedream, tu es le premier cité, celui par qui ça commence. Est-ce que ça ne veut pas dire que tu es l’image marquante du Mondial ?

Je pense que ça fait partie des images marquantes de la Coupe du monde en effet, comme mes amis me le disent, en demi-finale, marquer et faire ça, faut être fou. C’est juste qu’à ce moment-là ça m’est venu en tête, et voilà. Ça restera je pense, tout le monde m’en parle : des personnes âgées, des enfants de 5-6 ans, quand on me voit et qu’on m’interpelle, c’est la première chose dont on me parle. Et j’ai vu tous les challenges sur les réseaux aussi, c’était marrant.

Gauche – Veste : Botter, Pull : Acne Studios, Jean : Fendi. Droite – Veste : Berluti, Col roulé : Hermès, Maille : Issey Miyake Men Sacoche : Fendi, Pantalon : Homme Plissé Issey Miyake, Baskets : Isabel Marant, Chaussettes FALKE.

Pour déceler le reste de la personnalité de Samuel Umtiti, on est passé par Google. Qui dit qu’un Samuel “est un passionné, qui fait de grands investissements personnels pour atteindre ses objectifs, a le sens de l’initiative, est un excellent décideur à l’autorité naturelle”. Ça te correspond comme description ?

Ah ouais grave, mais graaave (rires). C’est vrai que je suis comme ça, je suis pas un mouton, j’aime prendre des décisions, mener un groupe, j’ai toujours été comme ça, un leader. Avec aussi un fort caractère, donc ouais, c’est tout moi !

Du coup, vu que ça te correspond, tu dois être fait “pour les affaires, la compta, la gestion, ou alors médecine, paranormal et spiritualité”. Non ?

Oulah… Non, ça, ça me correspond moins (rires).

Ça fait presque trois ans que tu vis à Barcelone. Comment est la vie ici ?

Elle est top. La qualité de vie est top. Pour moi, c’est le meilleur endroit pour jouer et vivre. Le temps, la mentalité des gens, mon équipe, les joueurs que je côtoie au quotidien… Franchement, je n’aurais pas rêvé mieux. Tous les jours je me sens heureux de vivre ma passion, et qui plus est ici à Barcelone. L’adaptation s’est très bien passée, on m’a très bien accueilli aussi. Ils ont été très cool avec moi, même si je ne parlais pas trop l’espagnol, on arrivait à se comprendre et on m’a beaucoup aidé.

Du coup, si tu es bien acclimaté, tu sais dire “casse la démarche” en Espagnol ?

En Espagnol ouais. Bon après, faire la traduction, ça fait bizarre (rires).

On sait les Lyonnais très chauvins, on suppose que tu y retournes souvent et que tu suis toujours le club ?

Ouais, je suis le club à fond. Dès que je peux voir un match je le regarde, et dès que j’ai un moment je prends l’avion, vu que c’est à une heure. J’y ai toute ma famille et mes amis.

Pour finir sur la partie jeu, tu es revenu sur les terrains en cette fin de saison après ta blessure au genou, est-ce que tu retrouves toutes tes sensations ?

Ça va mieux. C’est vrai que ça a été compliqué cette saison, mais je savais que j’allais passer par là, qu’il y aurait une transition, puisque j’ai pas mal forcé pendant la Coupe du monde – mais je pense que ça en valait la peine. Et donc sur cette fin de saison j’ai pu rejouer et c’est vrai que je retrouve mes sensations, je vais bien me préparer pour redémarrer la saison prochaine et être à 200%.


Col roulé : Berluti

Alors Samuel on est surtout là pour te parler mode. Ça se voit, tu es un passionné. Pourquoi la sape est-elle importante à tes yeux ?

Pour beaucoup de raisons. Il y a beaucoup de choses, mais la première, c’est la personnalité. Quand tu vois une personne, tu vois sa façon de s’habiller, son style, et tu pourras te dire “il est plutôt comme ci, plutôt comme ça”. Après, ça a toujours été un kiff pour moi de pouvoir changer de style. Par exemple chaque semaine, je ne vais pas mettre la même chose, j’essaie de mettre quelque chose de différent, c’est ce que j’aime, varier.

Généralement, c’est un intérêt qu’on a de longue date. C’est le cas pour toi ?

Oui. Après à l’époque je ne pensais pas à tout ça, mais quand je suis rentré dedans j’ai rencontré pas mal de personnes qui avaient des goûts assez particuliers, mais que j’aimais, donc au fur à mesure j’ai pu développer mon propre style.

On l’a vu quand on t’a présenté ce pantalon croco, les pièces fortes ne te font pas peur en tout cas.

(Rires) Non non non j’ai pas peur ! Après, il y a des pièces qui ne vont pas à tout le monde, il faut juste trouver son propre style.

Ton style, alors : il nous paraît très éclectique. Tu peux être très sportswear sur certaines tenues, plus street, ou au contraire vraiment tailoring, toi qui portes bien le costume et a manifestement plaisir à le faire. C’est quoi, le style Samuel Umtiti ?

Ce n’est pas facile à définir… J’aime bien être classe quand il faut, avec un beau costume, je peux aussi le mettre en mode un peu plus détente, ça dépend des occasions. Sportswear aussi, j’adore ça. Et puis des classiques, grand pull en laine assez large… Il faut juste trouver les bonnes pièces qui peuvent s’assembler pour rendre ça beau. Franchement, j’aime tout. Je peux très bien flasher comme on a dit sur une pièce audacieuse qui matchera avec le reste d’une tenue. Ce qui m’attire, c’est la qualité, la coupe d’un vêtement. Ce n’est pas forcément la marque qui joue : je choisirai en fonction de mon style, ça peut être un label pas trop connu, si ça va avec ce que je veux porter, go.

Alors autant tu es éclectique, autant tu sembles quand même avoir des préférences marquées. C’est même quadrillé parfois, à en juger ton Insta : la bagagerie, c’est automatiquement du Vuitton, et on te voit beaucoup en Givenchy ou Amiri. Pourquoi ces marques et qu’est-ce qui t’attire chez elles ?

C’est simple, c’est parce que ce sont des choses que je peux mettre au quotidien, tout le temps. Très prêt-à-porter, et quali, c’est pour ça que ce sont ces marques qui ressortent le plus, j’ai plus de facilité à les mettre. Il y a aussi d’autres marques, plus pointues, que je peux mettre pour certaines occasions. Mais c’est vrai qu’Amiri, Givenchy, c’est des choses que je mets souvent.

On t’a vu à quelques défilés de la Fashion Week de Paris. Est-ce qu’il y en a un qui t’a marqué particulièrement ? On te verra à celle de juin ?

Marqué, pas forcément. Je peux aussi en regarder à la télé, parce que je sais que des pièces vont me plaire. J’aime aussi le show en lui-même. J’aime et j’aimerais en faire plus, mais avec le métier que je fais, je n’ai pas forcément le temps, ça ne tombe pas aux bonnes périodes. Là en juin par exemple, c’est les vacances, et les vacances c’est important (rires), j’ai besoin de couper. Mais j’y serais allé avec plaisir.

Tu es féru de mode, mais tu sembles apprécier au-delà de ça la street culture dans son ensemble. Tu es un sneakerhead, d’ailleurs…

Les baskets, ouais… Si tu viens chez moi, j’ai une pièce entière dédiée aux sneakers, j’adore, et j’adore tout ce qui est street, je me retrouve vraiment là-dedans et depuis longtemps. J’aime aller voir des looks sur Insta, et je like dès que j’aime un style bien street.

On le constate depuis quelques saisons maintenant, est-ce que tu as la sensation que le foot a intégré cette street culture et le streetwear en particulier ? On voit beaucoup de marques intégrer des maillots ou produits foot dans leurs collections ou lookbooks. Tu trouves ça cool ?

Je pense que c’est légitime autant que cool. Le foot réunit tout le monde, quelqu’un de la rue, street, ou classe, c’est pour ça que les maillots de foot sont associés à la mode, et le street aussi. La plupart des gens qui commencent le football le font dans la rue, donc c’est normal. Ça a mis du temps à arriver, mais enfin, on y est.

La personnalité autant que le style Umtiti, dans l’absolu, c’est aussi le sourire et la joie de vivre. Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour que tu continues à rire ?

Avoir la santé. J’ai pu le voir : ce qui me rend heureux, c’est le football, c’est jouer. Et quand la santé n’y est pas, je ne peux pas m’exprimer sur un terrain. Donc être en bonne santé, que les personnes autour de moi soient aussi en bonne santé, heureuses. Et que la vie soit belle, tout simplement.

Chemises superposées, de bas en haut : G-Star, Hermès, Vince, Pantalon : Loewe, Boots : Haider Ackermann, Lunettes de vue : Givenchy par Safilo, Chaussettes FALKE. Photo de couverture : Veste et chemise : Burberry.
Lieu : Cotton House Barcelone
 


Credits
Editor
Alexandre Pauwels
Creative
Hanadi Mostefa
Photographer
09h29Artspace Studio
Stylist
09h29Artspace Studio
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