En Studio Avec Twinsmatic Et Le PDG De Beats Luke Wood

“Tout ce qu’on crée, c’est ce qu’on est.”

En descendant les marches du Studio de la Seine du 12ème arrondissement d’un Paris brûlant, les bonjours perdent leur “r” à la française et l’air frais du -1 est accompagné de “Hi” à l’américaine. Cette fraîcheur devenue rare ces dernières années dans le hip-hop français est peut-être incarnée par les Twinsmatic, ce duo de producteurs énigmatiques dont la consonance anglaise ne suffit pas à résumer leur musique. Originaires de l’Est parisien, les beatmakers à l’origine de plusieurs bangers de Booba, Damso ou Dosseh ont partagé une session studio avec Luke Wood, PDG de Beats depuis 2011. Pendant plus de 2 heures, les compositeurs échangent leurs inspirations et leurs visions de la musique en décortiquant des instrumentales passant de 50 Cent à Will.i.am, jusqu’à des morceaux jamais sortis des Twins. Si la France s’imbibait d’Amérique vers la fin des années 2000, elle s’émancipe désormais pour mélanger ses influences et laisser parler sa créativité et la démarche du Directeur de la firme lancée par Dr. Dre en est la preuve. Dans l’intimité de ce studio situé au cœur de Paris, loin des campagnes marketing et des strass de la Coupe du Monde, les hommes de l’ombre se mettent en lumière pendant quelques minutes pour échanger leur vision de la musique.

 

Photo Des Twinsmatic Et De Luke Wood

 

HYPEBEAST : Quel est le but de cette session studio avec les Twinsmatic ? 

Luke Wood : On essaye de rassembler des passionnés de musique. Même si je dirige une entreprise et que nous vendons des produits de haute technologie pour satisfaire nos consommateurs, je n’approche pas les choses par cet angle. J’ai une approche très émotionnelle, comme si je pensais à une couverture d’album ou à une corde de guitare. Nous essayons d’aider les gens avec qui l’on travaille à délivrer leur message. Nous insérons les gens dans notre univers et de toute façon, j’ai de bonnes réponses à toutes les questions donc allons-y (rires).

HB : Lors de notre dernière rencontre, vous nous aviez dit que vous preniez vos décisions les plus importantes en courant. Est-ce toujours le cas ?

J’ai des problèmes de concentration et par exemple, je peux méditer au grand maximum 4 secondes, j’éprouve de grandes difficultés pour me concentrer. La musique a le pouvoir de changer mon état émotionnel. La musique me fait rentrer dans cette dimension parallèle qui me permet de penser librement et devenir créatif. C’est aussi pour ça que j’aime travailler en studio car après quelques heures, le temps n’existe plus. Tu te crois en retard pour Noël alors que c’est déjà Pâques (rires).

“Tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait pour la musique.”

HB : Beats est en pleine évolution et la campagne pour la Coupe du Monde avec The Mixtape l’illustre parfaitement. Comment approchez-vous ce changement ? 

À travers notre évolution, nous voulons étonner et surprendre. Ce que j’adore avec la musique c’est que les artistes vous challengent en permanence. Que ce soit JAY-Z et Beyoncé il y a quelques jours, Kanye il y a quelques semaines ou Childish Gambino il y a un mois, les grands artistes vous imposent constamment des remises en question. En tant que marque, nous ne voulons pas juste être un produit marketing mais susciter ce genre de réactions chez les gens. Pour cela, nous abordons l’industrie avec la même réflexion que les artistes.

HB : Vous avez déclaré dans une interview “vouloir toujours rester en marge”. Est-ce toujours le cas ?

Je veux vivre à quelques centimètres de la mort car c’est comme ça qu’on se sent vivant. Quand tout va bien, tout se ressemble et on rentre dans une zone de confort qui est ennuyeuse à mourir. Il n’y a qu’en tombant qu’on peut se réveiller et se relever et dans le cas contraire, on est mort.

HB : Dans une autre interview, vous avez déclaré que le CD n’était pas mort. Achetez-vous toujours des CD ?

Non je n’achète plus de CD (rires). C’est dû en majeure partie au fait qu’on ne puisse plus en lire nulle part. Je voudrais tellement avoir assez de discipline pour être fidèle au CD mais je ne suis pas un sentimental. Je pense que c’est une des émotions les plus ennuyeuses et inutiles au monde car seul le futur compte. La nostalgie est un sentiment creux qui empêche d’aborder le futur dans la bonne optique.

HB : Vous arrive-t-il de vous poser la même question que celle de la dernière campagne Beats : ”Ça t’arrive de regarder ta vie et de te demander comment tu en étais arrivé là” ?

Non. Tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait pour la musique. Il y a tellement de décisions que j’aurais pu prendre mais j’ai toujours privilégié la musique et les choix que j’ai fait sont ceux qui me gardaient le plus proche de l’industrie musicale. C’est même à travers la musique que je me suis rapproché d’autres domaines créatifs mais je ne me regarde que très rarement dans un miroir car je ne vais peut-être pas aimer ce que je vois. Je vais toujours de l’avant et j’essaye d’être toujours plus créatif chaque jour.

 

Photo Des Twinsmatic Et De Luke Wood

 

HB : En cherchant dans la presse, on se rend compte que vous restez très discret, pourquoi ?

Twinsmatic : Pourquoi on est discret… parce qu’on n’aime pas trop se montrer. Mais on est aussi discret parce qu’on n’est pas très bavard à la base. Mais on ne se voit pas non plus faire des interviews si on n’a rien à dire ou si on n’a pas de projet concret à défendre. On a lâché 2 EP, sans véritable promo parce qu’on veut laisser les gens se faire leur idée sur nous. On laisse les gens faire leurs théories et se poser des questions, on préfère garder le secret sur ce qu’est Twinsmatic et on reste “low-key”, comme on dit.

HB : Dans une interview datant d’il y a 3 ans, vous évoquiez le manque de reconnaissance pour les beatmakers en France, la situation a t-elle changée ?

Non, je pense que ce n’est qu’un effet de mode. Même si la situation a un peu changé, je pense que c’est juste une tendance et c’est vrai qu’on s’intéresse un peu aux compositeurs et aux beatmakers, on veut savoir qui a fait quoi etc… Mais je pense que les gens ne creusent pas plus que ça. On retient juste un nom et on ne cherche pas forcément plus loin.

“Tout ce qu’on crée, c’est ce qu’on est.”

Même si ça ne légitimerait rien, il n’existe aucun award pour les producteurs. Maintenant il y a peut-être un tag ou un “prod by”, mais c’est tout. Dans un sens c’est aussi normal parce que les beatmakers sont des travailleurs de l’ombre et avec un peu plus de recul, l’initiative doit à la fois venir des auditeurs et des compositeurs. Si un côté reste en retrait, c’est normal qu’une zone d’ombre subsiste.

HB : Malgré votre étiquette dans l’industrie musicale, votre musique est à l’image de votre parcours, très versatile. Que pensez-vous de cette idée ?

Je pense que c’est normal, c’est très naturel. Tout ce qu’on crée, c’est ce qu’on est. Que ce soient des projets sombres ou un peu plus éclairés, ce sont les moods par lesquels on passe et je pense que ça rejoint ce que Luke disait. Dans ta musique il y a tes feelings et ce que tu es à un instant T.

“Booba est seul dans son délire, il choisit où il veut aller.”

HB : Pourquoi vous ne faites plus de remix ?

Ce n’est pas vraiment de notre fait, c’est plus une question de droits. Désormais sur YouTube ou Soundcloud, ta musique se fait supprimer à la seconde, ce qui est normal en fait. Même si ton remix n’est pas à but commercial, maintenant tous les streams peuvent être monétisés donc ça devient compliqué. Tu peux faire un remix officiel mais si tu n’es pas Skrillex ou Major Lazer, ça ne sert pas à grand chose. À l’époque on pouvait trouver les acapella sur internet, mais maintenant c’est devenu beaucoup plus compliqué.

HB : Avez-vous impulsé d’une certaine manière le changement musical de Booba qu’on a ressenti sur Trône ?

Non, Booba est seul dans son délire, il choisit où il veut aller. C’est juste qu’on s’entend bien et lorsqu’on a travaillé ensemble ça a bien matché. Le move ne vient pas que de nous. Forcément on lui fait des propositions et ensuite il décide où il veut aller. De toute façon on ne peut pas se permettre de définir notre influence ou non, ce sont plus les auditeurs qui ont eu ce sentiment.

HB : Comment fonctionnez-vous avec ces artistes ?

C’est très aléatoire. Quand tu bosses avec des gars comme Booba et Damso, ils savent exactement ce qu’ils veulent donc ils vont t’aiguiller tout en te laissant ton espace pour avancer et leur proposer des nouveaux concepts. Ils sont dans le “turfu”, ce n’est pas juste une image. Ils savent aussi être à l’écoute et ouverts.

“Nous n’aimons pas forcément entretenir de mystère. Certains aiment bien raconter leur vie, nous on est là pour faire du son.”

HB : Quel genre de reconnaissance pourrait vous toucher ?

On voudrait juste que le maximum de gens écoute notre musique. Qu’un large public valide notre musique, ce serait la plus belle des récompenses. Mais je pense que c’est assez visible qu’on n’est pas à la recherche de ce truc là. Ce qui nous importe c’est de faire du bon son et de ne pas le faire comme les autres.

HB : Dans vos morceaux on ressent souvent un genre de blues, et puis vous souriez rarement dans vos clips… d’où vient ce spleen ?

C’est vrai que nos EP reflètent clairement nos influences R&B et parfois électro. Le meilleur R&B c’est le émo comme l’électro d’ailleurs. C’était aussi à l’image d’une période, si on a eu des galères amoureuses ou autre, ça peut se ressentir dans notre musique.

HB : Qu’en est-il de votre carrière solo ?

Elle est en stand-by pour le moment. On fait du son et on verra ce qu’il en est.

HB : Majid Jordan nous parlait du mystère qu’ils aimaient entretenir autour d’eux, est-ce la même chose pour vous ?

Non, nous n’aimons pas forcément entretenir de mystère. Certains aiment bien raconter leur vie, nous on est là pour faire du son. Chacun voit la chose et l’entend comme il veut. On s’est toujours dit que dans Twins les gens captaient qu’on était deux mais bon, qu’on soit 2, 3 ou 12, le plus important c’est qu’ils aiment le son.

HB : Vous passez du temps aux États-Unis, vous avez un pied-à-terre là-bas ? Comment vous organisez-vous ?

Non, on est basé ici à Paris. Toujours dans l’Est, entre le 19ème et le 20ème, jamais plus loin. Après on bouge là-bas quand on doit y aller vu que Kopp y est basé, mais sinon on reste là.

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