L'exposition « Roy Lichtenstein: Like New » n'est pas le pop art de vos parents

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Roy Lichtenstein Like New Whitney Museum Curator Interview Meg Onli Alex Da Corte New York Exhibitions Retrospective Art Artworks
© Estate of Roy Lichtenstein/DACS 2026

C’est plus fort que nous : Roy Lichtenstein est partout. Des pixels qui composent nos images à l’écran aux lignes épaisses et audacieuses des plus grands créateurs d’aujourd’hui, jusqu’au plan furtif d’une héroïne en larmes, il est presque impossible d’échapper à son influence. C’est instantané, c’est percutant. Mais comment son langage visuel si familier, fait de bulles de bande dessinée et de points, a-t-il pu éclipser une histoire bien plus complexe ?

« Ce n’est pas parce que l’on reconnaît une chose que l’on comprend pleinement ce qu’elle est », souligne Meg Onli, l’une des commissaires de l’exposition Roy Lichtenstein: Like New. Inaugurée au Whitney Museum de New York le 11 octobre, l’exposition rassemble plus de 130 œuvres du maître du pop art, comprenant des peintures, des dessins, des collages, des estampes et des sculptures, créés tout au long de ses six décennies de carrière. Si ses toiles inspirées de la bande dessinée y sont nombreuses, l’événement dévoile également des facettes méconnues qui lui ressemblent, reflétant à la fois la perception qu’il avait de lui-même et la façon dont son amour, alors si radical, pour le mélange des genres s’inscrirait si naturellement dans la réalité ultra-connectée du public d’aujourd’hui.

Des enseignements profonds, et profondément singuliers, de Hoyt Sherman à la Ohio State University qui façonneront plus tard la vision de Lichtenstein, jusqu’aux œuvres créées au cours de sa dernière année de vie, prolongeant l’exposition de 1997 située juste à l’étage, Like New met en lumière un artiste qui avait saisi l’avenir de l’image et qui vouait une admiration subtile à la construction et la déconstruction perpétuelles du sens. Dès l’entrée, la reconstitution saisissante de près de 30 mètres de sa « Greene Street Mural » (1983), l’une des quatre fresques recréées par le studio de l’artiste et co-commissaire Alex Da Corte, donne immédiatement le ton.

L’un des temps forts historiques de l’exposition est un véritable voyage dans le New York de Lichtenstein : la reconstitution, sous forme de galerie dans la galerie, de la toute première exposition personnelle de l’artiste à la galerie Leo Castelli en 1962. C’est la première fois que toutes ces œuvres sont réunies depuis lors, y compris « Laughing Cat » (1961), qui appartenait à l’origine à Andy Warhol. Viennent ensuite certaines de ses héroïnes les plus célèbres, telles que « Drowning Girl » (1963), « Crying Girl » (1963) et « Girl in Window (Study for World’s Fair Mural) » (1963), également reproduites en format géant sur le balcon extérieur. À leurs côtés figurent des reproductions quasi identiques et leurs sources, comme la copie réalisée par Elaine Sturtevant, pour laquelle Lichtenstein lui-même a fourni les pochoirs. Il a même signé une peinture de Raymond Pettibone comme s’il s’agissait de la sienne. Plus qu’une simple copie, Lichtenstein aimait la copie de la copie, une obsession qui demeure fondatrice de notre culture contemporaine du repost, et des nouvelles associations qu’une image accumule à chaque partage.

Roy Lichtenstein Like New Whitney Museum Interview Commissaires Meg Onli Alex Da Corte New York Expositions Rétrospective Art Œuvres

© Estate Of Roy Lichtenstein/Dacs 2026 / The Museum Of Modern Art/Licensed by Scala / Art Resource, Ny

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« Prendre le temps d’observer Lichtenstein différemment était notre volonté dès le départ. » — Alex Da Corte

Avec des coups de pinceau d’une telle netteté que l’on pourrait les croire réalisés par une machine, la richesse conceptuelle de l’œuvre de Lichtenstein est pourtant souvent reléguée dans l’ombre de sa virtuosité technique (et s’il restait un doute quant à la puissance commerciale de la marque Lichtenstein, il suffit de regarder la polaire Gap ornée de points Ben-Day). « Prendre le temps d’observer Lichtenstein », un artiste pourtant célébré pour son immédiateté, « était notre volonté dès le départ », a expliqué Da Corte. L’expression « résolument fait main » résonne continuellement à travers l’exposition du Whitney, portant en elle l’espoir d’humaniser le rapport aux œuvres et de restituer un peu de personnalité à leur touche.

De leur propre aveu, Onli et Da Corte n’étaient pas des « spécialistes du pop art » lorsqu’ils ont pris les rênes de Like New. Onli, qui a assuré le commissariat de la Biennale du Whitney en 2024, dirigeait auparavant l’Underground Museum de Noah Davis, tandis que Da Corte, artiste conceptuel vénézuélo-américain et ancien de la Biennale de Venise 2019, est célèbre pour ses interprétations immersives et ultra-colorées de la culture pop américaine. Toutefois, leurs parcours respectifs pouvaient séduire une nouvelle génération d’amateurs d’art, leur permettant de replacer la pratique de Lichtenstein dans des territoires jusqu’alors inexplorés. À l’image de cet élégant jet de ketchup que Da Corte ajoute sur un panneau publicitaire détourné « Hot Dog » de l’autre côté de la rue, ils savent comment flatter les goûts de leur public, tout en nous mettant au défi d’appréhender l’artiste sous un jour nouveau. Avant l’ouverture des portes, Onli et Da Corte nous guident à travers les innombrables points de Like New, et nous expliquent comment les relier.

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Comment vos parcours respectifs ont-ils influencé votre approche du commissariat ?

Meg Onli : Nous n’avons pas abordé le travail de Lichtenstein en tant que spécialistes du pop art. Nous avons chacun nos propres domaines de prédilection, alors nous voulions vraiment insuffler nos histoires et nos intérêts personnels pour porter un regard différent sur Lichtenstein.

Alex Da Corte : En tant qu’artiste travaillant activement en studio, il me semblait essentiel de situer et de respecter Roy et son œuvre dans le contexte précis de sa création, et de découvrir comment il s’exprimait à travers son art. Comprendre et citer la façon dont il mettait des mots sur son travail à l’époque où il le réalisait est devenu un fil conducteur indispensable pour Meg et moi dans la conception de l’exposition.

Quels sont les défis liés à l’organisation d’une exposition pour un artiste aussi omniprésent que Lichtenstein ? Quelles opportunités cela présente-t-il ?

Da Corte : Ce qui est fascinant avec Lichtenstein, c’est qu’il est partout. Son influence nous entoure, même lorsque nous ignorons que ce que nous regardons pourrait venir de lui. C’était là tout le défi de cette exposition : son art est immédiat, fulgurant, graphique et audacieux. Pourtant, ses réflexions sur son propre travail sont très lentes, conceptuelles et, pour tout dire, très singulières, comme nous l’avons découvert. Prendre le temps d’observer Lichtenstein différemment était notre volonté dès le départ.

Onli : Cela nous a véritablement offert, à Alex et moi, l’opportunité de prendre du recul et de saisir ces éléments fondamentaux qui opéraient au-delà de sa propre personne, ou au-delà de ses toiles. Parmi ceux-ci, on compte sa formation initiale à la Ohio State University. Il se passionnait profondément pour les concepts scientifiques ; dès 1965, il commence à évoquer ses points en lien avec les données. Son approche ne se limite pas à ce récit lié à l’imprimerie que l’on accole systématiquement à un artiste comme lui.

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« Son approche ne se limite pas à ce récit lié à l’imprimerie que l’on accole systématiquement à un artiste comme lui. » — Meg Onli

Y a-t-il eu des fils conducteurs ou des récits inattendus qui ont particulièrement résonné en vous lors de cette expérience ?

Onli : Ce que cette exposition propose de nouveau, par rapport aux précédentes, c’est d’explorer comment il pouvait s’emparer d’une image source — parfois issue d’un journal, d’une bande dessinée, voire d’un livre d’histoire de l’art — non seulement pour l’agrandir à l’échelle d’une toile, mais pour lui donner une véritable dimension architecturale. Quatre fresques peintes à la main jalonnent le parcours. C’est un aspect que nous tenions absolument à intégrer avec Alex, pour offrir une expérience unique propre à cette exposition.

Da Corte : Pour aller plus loin, le travail de Roy était réalisé à la main, alors que la plupart du temps, on le découvre reproduit sur papier glacé ; il est impossible d’y déceler les traces de crayon, les ratures et les palimpsestes qui témoignent pourtant de son rapport à la fabrication de l’œuvre. Pour moi, ce fut une révélation majeure et une leçon qui nous apprend encore ce que signifie créer et passer du temps avec une œuvre.

Comment Lichtenstein a-t-il façonné notre monde contemporain de l’image et la façon dont nous les traitons ?

Da Corte : Nous ouvrons l’exposition avec la « Greene Street Mural ». Ce défilement de symboles et d’images que Roy a déployé en 1983 rappelle fortement ce flux incessant d’images que nous consommons sur nos fils d’actualité. Sa propension à superposer et à se dupliquer lui-même dans son travail, ainsi que cette notion d’autoréférence, sont intrinsèques à la façon dont nous nous percevons aujourd’hui par rapport au monde et aux images. L’exposition illustre cela, tout en s’adressant aux jeunes générations qui vivent au rythme de ce mode de communication.

Erin Ikeuchi Editor, Hypeart

Erin Ikeuchi is a New York-based writer focused on the intersection of contemporary art and culture. Her work spotlights stories, people and moments powering art’s new league, from icons to underground legends. Her formal background in anthropology informs a curious, cross-cultural eye for art where it’s least expected. Since joining Hypebeast in 2024, where she spearheads art-related content, she’s contributed hundreds of articles, including industry news, features and interviews, alongside serving as lead curator for ‘Under the Same Sky,’ Hypeart’s 2026 exhibition with Bonhams.

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