L’évangile du business du skate selon Tyshawn Jones
Notre cover star de Hypebeast Magazine n’a pas seulement fait carrière dans le skate — il en a bâti tout un business.
L’évangile du business du skate selon Tyshawn Jones
Notre cover star de Hypebeast Magazine n’a pas seulement fait carrière dans le skate — il en a bâti tout un business.
Notre dernière story de couverture consacrée à Tyshawn Jones plonge en profondeur dans sa carrière de skateur, son rôle d’ambassadeur Louis Vuitton, et Hardies Land, le skatepark installé dans un entrepôt qu’il a ouvert dans le New Jersey avant même d’y poser la plomberie. Si vous ne l’avez pas encore lue, commencez par là. Ce qui suit propose un autre angle sur le même sujet : la philosophie business qui irrigue discrètement tout ce qu’il fait.
Il y a un moment dans la carrière de Tyshawn Jones qui résume parfaitement sa manière de penser. Quand il a découvert que Supreme ne payait pas ses riders, il a demandé de l’argent. Quand le deal a fini par grimper à 83 000 dollars par mois, il a monté trois marques en parallèle. Puis, quand les conditions ont cessé d’avoir du sens, il est parti. À 27 ans, le double Thrasher Skater of the Year possédait huit maisons, un QG du skate de près de 1 100 m² et un portefeuille de sociétés pensées pour survivre à sa carrière sur la planche. Le gamin du Bronx ne s’est pas contenté de réussir dans le skate : il a transformé le skate en vraie école de commerce.
Voici quelques‑unes des leçons qu’il en a tirées.
Connais ta valeur — puis fais‑la payer
La première leçon de Tyshawn lui vient de sa mère : « Tu dois faire ce qui est bon pour toi, ne laisse pas ces boîtes freiner ta progression », lui a‑t‑elle dit. Il a pris ça au pied de la lettre. Quand Volcom s’est manifesté au début de sa carrière, il a utilisé l’offre comme levier pour se faire payer par Supreme. Cet instinct — considérer sa propre valeur comme un actif à négocier plutôt qu’une décision prise par quelqu’un d’autre — est devenu la base de tout ce qui a suivi. La rupture avec Supreme, aussi chaotique et publique soit‑elle, obéissait à la même logique, avec des enjeux plus élevés. « Un million de dollars, ce n’est pas tant d’argent que ça quand tu vis à New York et que tu payes 50 % d’impôts », dit‑il. « On voit des basketteurs toucher 5 millions pour rester sur le banc, et personne ne dit rien. » Il savait ce que le marché pouvait encaisser, et il a tenu sa ligne.
Bâtis l’infrastructure avant d’en avoir besoin
Hardies Land, l’entrepôt de 1 100 m² qu’il est en train d’aménager dans le New Jersey, n’a rien d’un caprice. C’est une stratégie d’intégration verticale. Studio photo, boîte de production, salle de sport, studio de musique, skatepark : toute la machine est réunie sous un même toit, en pleine propriété. « Si quelqu’un veut me réserver pour un shoot, dit‑il, il peut confier le budget à Hardies Production. » La même logique vaut pour son portefeuille immobilier, ses marques, sa façon de gérer son argent. Il construit sa bretelle de sortie vers d’autres projets alors même que sa carrière de skateur est encore très rentable. « J’ai acquis des compétences et je fais d’autres choses tout en restant actif. Je n’attends pas de ne plus pouvoir plaquer de tricks pour m’y mettre. » Dans une culture où la plupart des skateurs encaissent tard, voire jamais, il ne joue clairement pas le même jeu.
Pense portefeuille, pas seulement marque
Tyshawn possède trois sociétés, et chacune a une mission bien définie. King, c’est la marque de boards — marges serrées, peu importe, c’est une histoire de communauté et de crédibilité. Lancée fin 2022 avec sa part vidéo « Kingdom Come », l’équipe ressemble à un who’s who du street new‑yorkais : Na‑Kel Smith, Zach Saraceno et Caleb Barnett. « Même si King ne génère pas un dollar et qu’on a juste des boards pour skater, c’est plus important pour moi que de sponsoriser plein de gens avec qui je n’ai pas envie de traîner. »
Brick Underneath, c’est le pari du volume, des basics grand public qu’il veut voir partout. Sur un segment où les essentiels masculins n’ont jamais eu de figure culturelle vraiment référente, difficile de ne pas voir l’opportunité — potentiellement un Skims au masculin, porté par l’un des noms les plus identifiés de la street culture.
Et puis il y a Hardies NYC, celle pour laquelle il se montre le plus patient. Lancée en 2015 comme simple marque de visserie et de quincaillerie pour planches, elle s’est discrètement muée en label au véritable spectre mode — les derniers drops incluent des collabs avec Tremaine Emory de Denim Tears et des piliers uptown comme Avirex et G‑Shock, des marques dont TJ rêvait enfant. La marque a même désormais son propre lieu : un entrepôt de 1 100 m² côté Jersey, sur l’Hudson, en train d’être transformé en véritable compound — skatepark, salle de sport, studio photo, studio de musique, boîte de production, tout le package. Il appelle Hardies son « slow burner », mais l’ambition, elle, est tout sauf lente : il veut qu’elle finisse par « vivre dans d’autres espaces, comme un Palace ou un Stüssy ».
Trois marques, trois marchés distincts, trois horizons temporels différents. Ce n’est pas un hasard : c’est une stratégie de portefeuille que la plupart des entrepreneurs du skate n’envisagent même pas.
Ne collabore que selon tes propres règles, jamais selon celles des autres
Tyshawn travaille avec Tremaine Emory parce qu’Emory est « un storyteller incroyable qui défend l’émancipation Black ». Il collabore avec Avirex et G‑Shock parce qu’ils incarnent vraiment le milieu dont il vient. Il écoutera même CitiBank, mais seulement si c’est pour un programme d’éducation financière destiné aux skateurs, avec le logo Hardies sur la carte. Le fil rouge, c’est que c’est toujours lui qui fixe les conditions.
« Parfois, les gens voient l’argent et se disent : “OK, je ferai n’importe quoi”, mais au final le résultat n’est pas dingue », expliquait‑il dans notre cover story. « Mais si tu restes fidèle à tes principes, tu obtiens quelque chose dont tu peux être fier. » Dans une culture où les collabs servent souvent juste à payer les factures, son filtre est remarquablement exigeant — et cette exigence est en soi un véritable atout de marque.
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