L’anti-Cannes : comment Sundance est devenu le festival de cinéma le plus stylé de la mode
@directorfits décrypte les looks, le merch et le mountain chic qui ont fait de Sundance 2026 un moment de mode à archiver.
Depuis plus de 40 ans, le Sundance Film Festival a élu domicile au pied de la montagne, à Park City, dans l’Utah, en plein cœur de l’hiver. Il se distingue des autres festivals de cinéma contemporains pour deux raisons : le climat et le lieu. Deux éléments qui dictent aussi la façon dont les gens s’habillent. Où allez-vous ? Et à quelle température devez-vous vous préparer ?
À cause de son climat glacial, Sundance devient un événement qui impose une sorte d’uniforme utilitaire. Imaginez parkas, doudounes et manteaux de fourrure plutôt que les smokings et robes de bal qui dominent un lieu comme le Festival de Cannes, avec ses codes vestimentaires (dépassés ?) bien à lui. Le décor moins glamour du festival de l’Utah donne lieu à certains des looks les plus intéressants d’un calendrier cinéma saturé de tapis rouges, d’avant‑premières et de photocalls. Eugene Hernandez, directeur de Sundance, m’a confié que ce qui rend le festival fascinant en matière de style, c’est le « facteur inconnu » de la météo. « Vous pouvez avoir un plan, et puis la météo le rebat, ce qui permet de s’amuser un peu », m’a‑t‑il dit.
Au fil de ses 40 années à Park City, Sundance a offert une multitude de looks devenus cultes. En y assistant cette année pour Hypebeast, j’ai croisé plusieurs festivaliers nostalgiques du Y2K style du début des années 2000. Deja Williams, attachée de presse dans une agence représentant des noms majeurs du cinéma, m’a confié que « le début des années 2000 incarne vraiment le rêve Sundance » et influence encore la façon dont elle s’habille au festival aujourd’hui. Parmi les silhouettes marquantes qu’elle a citées, il y a Bob Dylan à la Masked and Anonymous en 2003, Lucy Liu pour Lucky Number Slevin en 2006, Chloë Sevigny, Penelope Cruz… « Cette décennie a littéralement porté la flamme des looks de festival devenus légendaires », affirme Williams.
Impossible d’évoquer le style Sundance sans parler de son fondateur éponyme disparu, Robert Redford, lui‑même icône du vestiaire masculin. Avec 2026 comme premier festival depuis sa mort, mais aussi comme tout dernier à se tenir dans l’Utah, un hommage émouvant était projeté avant chaque séance — saluant sa vaillante dévotion au cinéma indépendant. Un look aperçu dans ce montage a particulièrement marqué Janicza Bravo, membre du jury Sundance et réalisatrice de la comédie criminelle de 2020 Zola, celui de Redford en total look denim. Elle explique : « Cette image est gravée dans ma mémoire. » Cette tenue parfaitement ajustée et patinée lui a semblé totalement « effortless » chez Redford. En discutant de ce look, nous sommes tombées d’accord sur le fait qu’Olivia Wilde et Chris Pine rendaient peut‑être hommage à l’uniforme Redford lors du festival de cette année. On voit ainsi Pine qui a rentré une chemise en jean dans un jean assorti, le tout cintré par une ceinture western marron. Wilde a adopté un look similaire, qu’elle a terminé par une paire de grandes lunettes à fine monture métallique, étrangement similaires à celles rendues célèbres par le Sundance Kid lui‑même. Elle est même allée jusqu’à glisser une image de Robert Redford dans son carrousel Instagram dédié au festival… On peut dire que ça confirme la référence, non ?
Cette édition de Sundance n’a pas dérogé à la règle en matière de style, perpétuant sa réputation de festival saturé de vestes et de manteaux. En ayant enfin posé le pied moi‑même sur ces terres quasi sacrées pour observer l’action en direct, j’ai pu glaner des infos très concrètes sur ce qui se passe vraiment en ville, loin de la version policée servie par les réseaux sociaux. J’ai vu comment les vrais gens qui assistent au festival et y travaillent s’habillent — et, à mes yeux, le constat est plutôt réjouissant.
Alors que Sundance s’apprête à quitter Park City pour s’installer à Boulder, dans le Colorado, tout aussi enneigé, en 2027, on peut parier que l’esthétique que l’on associe au festival continuera de prospérer dans sa nouvelle ville d’accueil. Ci‑dessous, je reviens sur les moments mode les plus marquants que j’ai repérés, à la fois en ligne et sur place, lors du dernier baroud d’honneur de l’Utah en tant que capitale du cinéma indépendant.
Image via @sasykmihal sur Instagram
Le The Moment
Nous sommes officiellement dans l’ère post‑Marty Supreme jacket. Le The Moment de Charli xcx était sur tous les radars au festival cette année. Sa présence a plané sur Park City pendant quelques jours, au rythme des projections de ses trois films (The Moment, The Gallerist et I Want Your Sex) dans lesquels elle joue, enchaînés sans répit. A24 a produit des doudounes sur‑mesure, aux couleurs néon façon rave, ornées de logos détournés de The Moment qui rappelaient l’ADN streetwear originel dont je lisais tant sur ce site. Du genre logos Marlboro ou McDonald’s détournés pour afficher The Moment. Ces vestes ont été créées pour Charli en collaboration avec son dream team quelques semaines seulement avant le festival — son réalisateur Aidan Zamiri, son styliste Chris Horan et le directeur artistique/designer Sasyk. Le simple fait d’avoir choisi une doudoune comme base de cette pièce statement enfonce le clou : ce festival est avant tout une affaire de praticité. Parmi les autres pièces de promo pour The Moment qui collent parfaitement à l’expérience Sundance, j’ai repéré des bonnets et des écharpes vert brat ultra flashy un peu partout en ville.
Les bénévoles du festival dans la veste spéciale édition Kenneth Cole
Les vestes officielles du festival signées Kenneth Cole
La marque qui domine littéralement l’hiver glacial de Park City n’est ni Arc’teryx, ni The North Face, ni Patagonia… mais Kenneth Cole. Le designer américain siège au conseil d’administration du Sundance Institute depuis 2003. Défenseur acharné de la vision de Robert Redford, il soutient aussi les milliers de bénévoles qui font tourner le festival. Depuis 2004, la marque a créé à chaque édition plus de 2 500 vestes personnalisées pour le staff bénévole, qui passe ses journées dehors dans le froid pour guider les festivaliers. Chaque année, la veste spéciale édition est différente : nouveau design, nouvelle couleur. Les seuls éléments immuables sont le logo Sundance et l’année sur le côté droit de la poitrine, et le logo de la marque dans le dos.
Eugene Hernandez m’a confié que Kenneth Cole lui‑même est « très impliqué » dans le design de cette veste qui représente le festival chaque année. Impossible de les rater : à chaque coin de rue, vous apercevez deux ou trois personnes dans ces vestes en dégradé de jaune vif vers gris. Parmi mes looks préférés à Sundance, il y a d’ailleurs la façon dont le staff bénévole les personnalise. Certain·es s’amusent avec l’emplacement de leurs pins, d’autres font carrément dédicacer leur veste par Mr. Cole au feutre indélébile. L’édition de cette année était encore plus spéciale, avec un badge commémoratif sur la manche en hommage à Robert Redford.
Gregg Araki par Chase Sui Wonders, image via Instagram
Quand le technique se met en scène
C’est une évidence : quand il fait froid, il faut une vraie bonne veste. Je viens d’y consacrer plusieurs paragraphes en intro. Mais pour moi, enfant du San Fernando Valley, l’univers du techwear de performance et des grosses doudounes est totalement étranger. Je viens de la mecque de la petite veste légère, alors me retrouver projetée au cœur d’une station de ski où, en hiver, les températures frôlent souvent les 0 degrés Fahrenheit m’a rendue hyper attentive à tous ces vêtements grand froid. Partout à Park City, on entend le froissement des vestes et pantalons gavés de GORE‑TEX. Ce qui était encore plus intéressant, c’était d’observer comment les festivaliers mixaient ce performance gear hivernal avec leurs tenues du quotidien.
Rafael Manuel, lauréat du World Cinema Dramatic Special Jury Award for Creative Vision pour Filipiñana, portait un zip‑up rouge vif signé Lulelemon sous une chemise de travail en velours côtelé olive lorsqu’il a accepté son prix. Manuel m’a expliqué qu’il vient d’un climat chaud et que, pour lui, « le confort dans le froid passe avant tout ». Il ajoute que le layering n’est pas un luxe qu’il peut souvent s’offrir chez lui, et qu’il savoure l’occasion de le faire ici. Je me suis beaucoup reconnue dans ce sentiment, que je trouve très représentatif du public que j’ai observé à Sundance. Le festival attire des gens du monde entier, mais surtout des professionnel·les de l’industrie venus de LA, qui n’ont pas souvent l’occasion de ressortir leurs Arc’teryx Beta et de les utiliser pour ce à quoi elles sont réellement destinées.
Noé Margarito Zaragoza, Rebecca Zweig et Efraín Mojica assistent à la première de « Jaripeo ». Image via Saria Harris sur Instagram
Mountain chic
Ce qui est sans doute mon cliché stylistique Sundance le moins apprécié, c’est ce que Sean Wang, réalisateur de Dìdi, appelle le « mountain chic ». En gros, c’est s’habiller comme un cowboy de temps froid. Les indispensables : un bolo tie, un jean, un chapeau de cowboy à large bord et des boots. J’imagine qu’il existe des versions réussies de ce look, mais à l’ère des pantalons mal taillés (trop serrés) et de la fast fashion cheap, je n’ai croisé aucun cowboy digne de compliments lors de mon passage à Park City (même si, à la réflexion, l’équipe de Jaripeo ci‑dessus a un style plutôt cool). Je pense surtout aux très mauvais exemples de cette esthétique que j’ai vus un peu partout en ville. Cela reste néanmoins un marqueur distinctif de Sundance, par rapport à des événements comme Cannes ou la Mostra de Venise. Partout, on repère des groupes d’amis avec au moins une personne en cowboy chic de circonstance.
Les looks de @DirectorFits
Quant à mes propres looks Sundance ? Je suis restée très simple. Autant j’adore les vêtements et écrire dessus, autant je déteste devoir choisir une tenue dans mon dressing tous les matins. Je suis toujours en retard, je n’ai jamais le luxe de flâner devant mon armoire. À force d’observer les habitudes vestimentaires des cinéastes, j’ai appris à vraiment apprécier le pouvoir d’un bon uniforme. J’ai essayé d’appliquer cette méthode à ma garde‑robe au fil des années. Sur le terrain, à Park City, je portais chaque jour une variation de ce combo : pantalon de travail noir Ben Davis Original Ben’s, sneakers noires Mephisto Match, hoodie zippé court bleu dauphin de LA Apparel, t‑shirt blanc dessous, veste noire Barbour Transport et tote bag orange vif Pacific Tote Company. Rien de fou, ça fonctionne toujours, et ça ne se démodera jamais. À plus, Park City. Et à très vite, Boulder.
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