Laisse Carolina Sarria habiller ton alter ego

Depuis son studio new‑yorkais, Carolina Sarria révèle l’inspiration Vegas derrière sa collection FW26 « Poker Face » et raconte comment sa pratique d’art multimédia devient un terrain de jeu pour s’exprimer pleinement.

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De son arrivée à New York il y a plus de vingt ans pour y poursuivre une carrière artistique, jusqu’à sa propre couverture de Vogue Italia et une collaboration avec la Warhol Foundation, l’ascension de Carolina Sarria s’est construite sur une fidélité absolue, intransigeante, à sa vision.

L’artiste et designer colombienne décrit son processus comme un équilibre de contradictions, où les qualités opposées se rencontrent et se mélangent. Ses collections naissent souvent de ses œuvres faites main, mais elle accueille aussi la technologie à bras ouverts. La maison éponyme de Sarria est profondément personnelle, nourrie par ses obsessions et ses caprices artistiques, tout en s’appuyant sur une équipe de confiance pour mettre ses idées en forme. Elle mesure le poids de la tradition, mais croit, au fond, à la nécessité de la subversion.

Laisse Carolina Sarria habiller ton alter ego

« Mon état d’esprit est un peu punk, donc il n’existe pas de matière “basique” pour moi, pas plus qu’il n’existe de matière “précieuse” », a‑t‑elle confié à Hypebeast lors d’une visite dans son studio. « Rien n’est sacré. » Fidèle à son approche collage du design, elle puise dans la scène artistique new‑yorkaise, les contre‑cultures historiques et les excès de la modernité. Sa dernière collection FW26, « Poker Face », ne fait pas exception, avec des motifs de jeux d’argent, des pièces de poker et des billets de dollar pliés en origami.

En conversation avec Hypebeast, Sarria est revenue sur sa pratique créative, en perpétuel mouvement, et s’est livrée sur ses valeurs fondamentales de designer « non‑conformiste ».


Comment vous définissez‑vous en tant qu’artiste, et à quoi ressemble votre processus créatif au départ ?

Je me considère comme une artiste pluridisciplinaire. Je ne commence pas vraiment par penser au vêtement ; je commence par penser à l’art. Je pars aussi chiner des images, des objets trouvés, j’en collecte énormément. C’est sans doute l’une des choses qui m’amusent le plus.

Une fois que j’ai l’idée, je commence à rassembler les éléments et à les accrocher aux murs. J’adore la juxtaposition des choses. Ce qui m’enthousiasme le plus, c’est la contradiction — elle parle toujours. Je veux toujours provoquer la surprise, alors j’assemble, je manipule, j’ajoute encore, jusqu’à créer une pièce en mixed media.

Qu’est‑ce qui a inspiré votre nouvelle collection « Poker Face » et en quoi fait‑elle écho à votre style ?

Mon état d’esprit est un peu punk, donc il n’existe pas de matière « basique » pour moi, pas plus qu’il n’existe de matière « précieuse ». Rien n’est sacré. Sur mon moodboard pour « Poker Face », je joue avec de la vraie monnaie américaine. Je la plie en symboles d’origami et je l’intègre à la collection. Vous verrez des jetons de poker, des cartes de poker, des clous et des pointes métalliques.

Pour cette collection, je me suis replongée dans une période de ma vie très décadente, désordonnée, exubérante. Les excès de Las Vegas, les longues nuits qui servent d’exutoire à tant de gens — j’ai pris tout cela et j’ai figé cet instant, cette sensation.

Toutes les pièces auront ce tag [AR], et vous pourrez l’activer via un jeu de jackpot. Si vous décrochez le jackpot avec l’une de vos pièces, vous en recevrez une autre gratuitement — celle que vous voulez. J’ai voulu quelque chose de très dynamique. Je voulais faire du fait de collectionner une dimension du vêtement, pour que l’on puisse prendre son objet et le voir s’élever au rang de souvenir.

« Mon état d’esprit est un peu punk, donc il n’existe pas de matière “basique” pour moi, pas plus qu’il n’existe de matière “précieuse”. Rien n’est sacré. »

Vous utilisez souvent le trench dans vos collections. Pourquoi ce vêtement en particulier ?

Les trenchs sont intimement liés à la tradition, pas seulement vestimentaire, mais aussi à tout un art de vivre traditionnel. Pour moi, c’est la toile de fond idéale. J’applique mon art sur les trenchs pour bousculer les attentes sociales et les retourner complètement. L’une des premières choses qui m’a inspirée dans le trench, c’est à quel point il est classique et intemporel. C’est l’une des plus anciennes silhouettes traditionnelles qui existent, et c’est ce qui le rend si chargé de sens.

Quel type de client avez‑vous en tête lorsque vous créez ?

J’habille des musiciens, des rappeurs, des rockeurs — la jeune génération — mais je crois que je crée vraiment pour l’homme qui aime sortir son alter ego faire un tour, même s’il ne fait qu’aller à l’épicerie du coin et revenir.

Pouvez‑vous nous parler de votre collaboration avec la Warhol Foundation ?

Après cette collaboration, j’ai rencontré le président de la fondation. On m’a dit que mon projet faisait partie des favoris de la Warhol Foundation. Nous sommes devenus très proches, et il est aujourd’hui l’un de mes meilleurs amis.

Cette collaboration a compté énormément pour moi. Elle a duré environ deux ans et demi. Ils m’ont confié de véritables images d’Andy Warhol, que j’ai restaurées, ce qui était très excitant pour moi. Je les ai retravaillées en mixed media, en ajoutant des couleurs, des textures, en les brûlant. Elles sont devenues des collages, puis des vêtements.

Quand on est créatif, on a toujours besoin d’une équipe solide et de personnes qui croient en ce que l’on fait. C’est comme en mixed media : tout se combine, tout compose un ensemble cohérent.

Comment savez‑vous que vous avez terminé ?

Je ne le sais jamais. J’ai des personnes qui viennent m’éditer ; quelqu’un qui arrive ici et dit : « Là, on s’arrête. » Ils font la version éditée, ils prennent 50 pièces et les ramènent à 22, parce que sinon je ne m’arrêterais jamais.

Quand on est créatif, on a toujours besoin d’une équipe solide et de personnes qui croient en ce que l’on fait. C’est comme en mixed media : tout se répond et forme une composition. C’est à ce moment‑là que c’est réussi. Ce n’est pas seulement grâce à moi ; c’est aussi grâce à mon équipe et aux gens qui travaillent avec moi.

Laisse Carolina Sarria habiller ton alter ego

Vous avez également une collection inspirée par les Yakuza. Qu’est‑ce qui vous a attirée vers ce thème ?

Les tatouages sont quelque chose qui te marque à vie, que les gens portent sur leur corps pour toujours. En me documentant, j’ai découvert qu’ils sont bien plus que de simples tatouages. Ils portent un sens — la force, la loyauté, l’identité. Ce qui m’a fascinée, c’est qu’ils les dissimulent, qu’ils les portent sous les vêtements. Je me suis dit : et si je leur donnais une vie à l’extérieur ? C’est ce que j’ai fait, en permettant de porter ces tatouages et ces symboles au grand jour.

J’adore les tatouages. Je n’en ai pas, mais j’adorerais porter quelque chose qui donne l’illusion d’un tatouage, ou coller des stickers sur mon corps puis les enlever, parce que je change tout le temps d’avis.

Je crois qu’il faut rester fidèle à ce que l’on ressent et à l’expression de soi. Je ne vais pas me taire. Je parlerai toujours et je me manifesterai par tous les niveaux, toutes les formes, tous les outils possibles.

À quoi ressemble une journée type dans votre studio ?

Cela peut être moi en train de créer un moodboard avec toutes mes matières, de dessiner toute une collection ou de gérer tout le monde au téléphone et sur l’ordinateur toute la journée. Quand je crée, ça devient très intense. Parfois je suis dans un état de concentration extrême pendant des jours, des semaines, des mois.

J’ai aussi l’équipe qui vient ici. Certains jours, c’est l’équipe tech ; d’autres, ce sont les personnes qui font de l’aérographe, des broderies, des perles, des prototypes. J’aime faire les prototypes ici, comme le collage pour le trench. On fait beaucoup de choses sur place — des patchs composés à partir de journaux de casino et de rock and roll. C’est très important de faire perdurer le savoir‑faire.

On utilise énormément d’outils, des chalumeaux à l’aérographe en passant par la machine à coudre. Un outil que j’adore aussi, c’est l’IA. Elle m’aide à garder le rythme. Je l’utilise pour projeter mes modèles sur des silhouettes et visualiser le stylisme, la vision. J’aime pouvoir passer du virtuel au réel.

Pour finir, quelle serait votre « étoile polaire » en tant qu’artiste ?

Je suis très attirée par l’opposé, la contradiction, la juxtaposition des choses — le non‑conformisme et la contre‑culture. Comme les Yakuza, qui ont leurs propres croyances et leurs propres symboles. Ils sont totalement alignés avec ce qu’ils croient et avec leur identité. C’est puissant.

Je suis une non‑conformiste, et je crois à la paix et à l’amour, à l’art, au design et à la communauté. Je crois qu’il faut rester fidèle à ce que l’on ressent et à l’expression de soi. Je ne vais pas me taire. Je parlerai toujours et je me manifesterai par tous les niveaux, toutes les formes, tous les outils possibles. Mon étoile polaire, ce serait l’expression de soi. Je veux dire exactement ce que j’ai envie de dire, bordel. Ça pourrait me coûter la vie, mais c’est ce que je suis et ce que j’ai à dire.

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