Le journal Sundance 2026 de Director Fits : le dernier dancefloor de l’Utah
L’homme derrière @directorfits vit son premier Sundance et assiste aux adieux du festival à Park City.
En tant que pourvoyeur des meilleurs « director fits » que vous verrez jamais sur Instagram, mon entrée dans l’industrie du cinéma a été un véritable tourbillon. Ce qui avait commencé comme une sorte de distillerie pour cinéastes bien sapés,@directorfits, mon compte, m’a ouvert des portes que je n’aurais jamais imaginé franchir. De la présence à des avant-premières sur tapis rouge,aux conversations avec mes idoles de cinéma, aux collaborations avec des studios sur dumerchandising promotionnel, jusqu’à aujourd’hui ma toute première présence en festival de cinéma au nom de Hypebeast, cette ascension a été, quoi qu’il en soit, totalement folle.
À l’approche de mon premier voyage au Sundance Film Festival, un million de choses me traversaient l’esprit. L’idée d’être sur place pour un rendez-vous majeur du calendrier ciné comme celui-ci, c’est quelque chose dont j’ai toujours rêvé. Certains des noms les plus prestigieux du cinéma indépendant ont fait leurs débuts ici : Richard Linklater, Steven Soderbergh, Paul Thomas Anderson, pour n’en citer que quelques-uns. Après avoir lu le livre de Peter BiskindDown and Dirty Pictures, le rêve que je m’étais construit commençait à prendre la forme de certains de mes films préférés sur le cinéma. Je m’imaginais croiser Elvis Mitchell sur Main Street ou discuter avec Todd Haynes après une séance de minuit. Mais la fantaisie glamour que j’avais nourrie pendant des années s’est effondrée dès mon arrivée à Park City, Utah.
Ma première erreur a été d’arriver pendant la seconde moitié des dix jours de festival, au moment où tous les A-listers commençaient à sauter dans des vols pour New York et LA. Mon séjour là-bas ressemblait à cette sensation que tu avais au collège quand ta mère finissait tard et que tu faisais partie des derniers gamins à attendre sur le campus qu’on vienne te chercher. Cela dit, je pense que ça a rendu l’expérience plus unique et plus authentique, entièrement centrée sur les films et débarrassée du théâtre mondain qui entoure habituellement les festivals. Je n’ai assisté à aucune avant-première ultra branchée, ni à des after-parties, ni à des dîners chic. J’ai posé mon cul dans des salles moyennes et des petites salles de projection un peu plus haut de gamme, dont certaines ressemblaient à un simple auditorium de lycée un jour de pluie. Et j’ai regardé des films. J’ai adoré chaque seconde.
Une chose que je n’oublierai jamais à Sundance, ce sont les réactions du public pendant les projections. Je viens de LA, où l’on aime le cinéma plus que n’importe qui, à part peut-être les Français ? Et je n’arrivais vraiment pas à croire à quel point la salle était captivée par les dialogues délicieusement kitsch de Gregg Araki dansI Want Your Sex ou par les ambitions complètement dingues de Natalie Portman dans le milieu de l’art dans le film de Cathy YanThe Gallerist. Ce qui suit est le journal de bord de ma toute première fois à Sundance, qui coïncidait avec le dernier tour de piste du festival dans l’Utah avant son déménagement à Boulder, Colorado, pour les prochaines éditions. Restez aussi à l’affût des prochains articles sur les meilleurs films que j’y ai vus, ainsi que quelques observations sur le style à Sundance.
Jeudi 29/1
8 h 15 PST
Arrivé à l’aéroport, je tombe directement sur une télé dans la zone restau de LAX qui diffuse une interview de John Wilson pour Variety au sujet de son nouveau documentaire,The History of Concrete. Sundance est partout, pour ceux qui ont les yeux pour le voir…
10 h PST
À ma porte d’embarquement. J’attends l’avion et je ne vois absolument personne qui ait l’air de partir en Utah pour Sundance. Plutôt des skieurs et des snowboarders, non ? Premier signe que j’arrive trop tard au fest…
10 h 10 PST
Laissez tomber. J’ai entendu deux personnes près de moi dans l’avion parler du fait qu’elles venaient pour le fest.
13 h 20 MST
J’ai passé les deux heures de vol à cosplayer un confrère de l’industrie du film en écoutant le podcast de Matt BelloniThe Town et en montant une interview à paraître que j’ai réalisée avecKleber Mendonça Filho. J’imagine que si on me paie pour me rendre au festival et écrire dessus, c’est que je fais partie de cette industrie d’une certaine manière ? Je ne sais pas, je reste quand même régulièrement la proie du syndrome de l’imposteur…
14 h 30 MST
Je suis arrivé à mon hôtel à Park City, qui abrite aussi le Yarrow Theater. On m’a offert un cookie chaud aux pépites de chocolat.
15 h MST
Je suis passé au QG de Sundance pour récupérer mon pass presse pour la semaine. J’ai fait un tour à la boutique officielle du festival et j’y ai vu une tonne de merch ultra moyen… ils devraient m’engager pour leur pondre des designs un peu plus désirables la prochaine fois ! J’ai récupéré mes affaires et attendu une vingtaine de minutes le bus local Sundance qui t’emmène d’un lieu à l’autre. En attendant, j’ai discuté avec un bénévole de Park City qui travaillait sur l’évènement. Il a répondu à toutes mes questions débiles sur la façon d’aller à Main St, etc. Son swag était incroyable : longs cheveux grisonnants, casquette complètement défoncée avec « Film Crew » écrit sur le côté (impossible de voir ce qu’il y avait devant), doudoune officielle Kenneth Cole Sundance crew (dégradé jaune-noir) surchargée de pins de cette édition.
16 h 30 MST
Après une attente interminable pour la navette (toute cette expérience est nettement moins glamour qu’elle n’en a l’air de l’extérieur) qui devait m’emmener à Main Street, j’ai enfin atteint l’épicentre du festival. C’est là que les gars d’Entourage se réunissaient pour la projection deQueens Blvd à l’Egyptian Theatre pour Vincent Chase. C’était tout ce dont j’avais rêvé et plus encore. Je crevais de faim, donc je suis entré dans un pub irlandais appelé Flanagans et j’ai épluché le menu pour trouver quelque chose qui me réchaufferait. J’ai commandé une Guinness à la pression et un fish and chips au bar, et j’ai commencé à discuter avec le type à l’ordi à côté de moi. On a parlé de The Grateful Dead et de l’essai de Marshall McLuhanThe Medium Is the Message. Il s’avère que c’est quelqu’un qui a gagné des millions en investissant dans Shopify à ses débuts et qui utilise maintenant ses gains pour aider à financer des films. Plutôt une bonne utilisation de ses profits, si vous voulez mon avis. Il m’a expliqué qu’il n’avait pas de film au festival, mais qu’il avait été très impliqué dans la fabrication deNirvanna the Band the Show the Movie.
18 h MST
Au total, j’ai fait 19 000 pas sur Main Street pour essayer de capter l’ambiance. J’ai repéré un couple intéressant habillé comme s’il sortait d’un lookbook de Rick Owens de la tête aux pieds. Ils ont décliné ma proposition de les prendre en photo. On sent que le rush des jours précédents est retombé et que la ville se vide peu à peu.
23 h 30 MST
Anthony Mackie aperçu devant mon hôtel, en train de fumer un cigare avec des potes et de dire : « La dernière fois que j’ai menti, c’est quand j’ai dit OUI. » On dirait un mari ultra dévoué, non ? Un fan s’approche de lui et lui lance : « Hey, je veux pas être ce gars-là mais… » Mackie lui répond tout de suite : « Alors sois pas ce gars-là ! » Le fan lui demande quand même s’il peut lui dire bonjour. Mon Uber est arrivé pour m’emmener à ma première projection du festival, je n’ai pas pu rester pour la suite de leur passionnante conversation. Ils ont continué à parler pendant que je regardais par la fenêtre de mon Uber, une Tesla Model Y.
23 h 45 MST
Installé pour le film de Tamra DavisThe Best Summer et pour l’instant, c’est le public le plus intéressant que j’aie vu ici. En fait, même si la ville paraît vide, les projections sont blindées de vie. Des alt girls en résille, jupes, piercings au visage, eyeliner charbonneux et micro-frange. Des mecs en vestes workwear délavées et oversize, avec des pantalons double genoux bien larges. Logique, vu le sujet du film, non ?
Vendredi 30/1/26
1 h 30
The Best Summerest incroyable. Dans ce docu, Tamra Davis suit une dream team de groupes pendant une tournée en Australie en 1995 et filme absolument tout. Elle enrôle Kathleen Hanna pour poser les mêmes questions à tous les membres des groupes sur la route. Voir Adam Yauch porter le logo classique Supreme en 1995, un an seulement après le lancement de la marque par James Jebbia, c’est fou. Beck qui explique que sa résolution de Nouvel An est d’acheter enfin un short pour la première fois depuis ses dix ans. Dave Grohl qui désigne les cigarettes et le vin quand on lui demande comment il tient sur scène. Rappelons que tout ça se passe un an après la mort de Kurt Cobain : la blessure est encore à vif.
Tout le doc donne l’impression de regarder les vidéos de famille de quelqu’un, sauf que leurs proches s’appellent The Beastie Boys, Sonic Youth, Bikini Kill, Foo Fighters, Pavement, etc. Davis choisit de garder tous ces plans longs et tremblés au lieu de les couper en séquences propres et rapides. On a vraiment l’impression d’être dans la pièce avec eux et sur la route. Il y a une foule de moments rares, intimes, en coulisses. Aujourd’hui, on est habitués à ce type de contenu en continu avec nos artistes préférés, grâce à Instagram et TikTok. C’est presque comme un mélange d’interviews « micro-trottoir » et de contenus de recommandation qu’on voit partout dans nos feeds… sauf que là, on est en 1995. On pourrait tout à fait imaginer la page Instagram officielle de Coachella produire exactement ce genre de vidéos…
Pendant la séance de Q+A après la projection, quelqu’un a demandé à Tamra Davis qui elle aimerait suivre aujourd’hui. Elle a répondu Geese. Membre de Ion Pack aperçu dans la salle, je crois que c’était KJ. Quelqu’un s’est évanoui juste devant moi pendant qu’on descendait les escaliers, c’était absolument flippant. Heureusement, la personne a repris connaissance, mais pendant quelques minutes, tout le monde s’est vraiment inquiété pendant que l’équipe du festival courait chercher de l’aide médicale. En sortant, j’ai remarqué que le public ressemblait un peu aux gens qu’on voit dans les foules de concerts filmées dans le doc.
8 h 30 MST
Avec environ 5,5 heures de sommeil dans le corps, je me suis levé, j’ai enfilé mes fringues et j’ai commencé à marcher de mon hôtel jusqu’au Ray Theater, où doit se tenir la cérémonie des prix de Sundance. J’ai réussi, d’une manière ou d’une autre, à me faufiler dans la salle de presse. Même si j’avais un pass, je n’avais pas réussi à me faire officiellement inscrire pour participer au photocall presse de l’évènement. Le chaos ambiant m’a permis de me glisser là presque incognito (pour l’instant).
J’ai tout de suite repéré Eugene Hernandez, le directeur du festival et fondateur d’IndieWire. Il portait des Paraboot Briac avec des lunettes Jacques Marie Mage. Sachant que c’est un homme de goût, je me suis dit qu’il fallait absolument que je lui demande son avis sur le style au sein du festival qu’il dirige. Le name-dropping de Hypebeast et Director Fits a parfaitement fonctionné. Il était surbooké, mais en entendant les médias pour lesquels je travaillais, il m’a accordé huit minutes.
9 h 30 MST
Après environ une heure passée dans cette salle de presse bondée, bruyante et chaotique, je me suis dit qu’il fallait que je sorte prendre l’air avant l’arrivée des grands noms de la remise de prix. À peine dehors, je reçois un appel d’un numéro inconnu basé à LA. Je décroche, et la voix au bout du fil me semble étrangement familière. C’est la responsable RH de mon job de jour, où je suis stratège dans une grosse agence de pub à LA. Oups…
Elle m’annonce très calmement que, pour raisons budgétaires, mon poste est supprimé. OK, génial. Avec cette info en tête, je retourne dans la salle de presse et repère l’occasion d’interviewer Rafael Manuel, le réalisateur de Filipiñana. Il porte une tenue monochrome en velours côtelé olive. Son pantalon est cropped et laisse apparaître une sublime paire de Paraboot Michael. Deux paires de Paraboot au même endroit ? On est dans la file chez Maru Coffee ou dans la salle de presse du Sundance Film Festival ? Sous sa surchemise en velours, il a un zip-up Lululemon rouge vif, combo assez intrigant de performance wear et de workwear. Et super jeu de couleurs, en plus.
10 h MST
Ma couverture est grillée. Une membre de l’équipe de la salle de presse m’a repéré, moi et mon air de gars qui ne devrait pas être là. Malgré mon lanyard presse autour du cou, elle m’a demandé ce que je faisais ici, vu que tous les journalistes présents avaient des emplacements marqués au sol. Mon intuition était bonne : je n’avais pas le droit d’être là. Mais j’ai tiré le maximum de mon court passage dans la salle. Un parfait exemple du modèle « fais-le tant qu’on ne te dit pas non ».
11 h MST
J’ai dérivé vers un autre bar sur Main Street, enchaîné quelques pintes de Guinness et noyé mon chagrin de fraîchement licencié. J’ai signé les papiers de départ. Boum, comme ça, je me suis retrouvé au chômage.
15 h 30 MST
Rafael Manuel et son premier long-métrageFilipiñanaétaient deux découvertes totales pour moi. En arrivant au festival, je voulais voir des choses qui n’étaient pas du tout sur mon radar, et j’ai reçu cette invitation de nulle part : j’ai dit oui tout de suite. Le film fonctionne comme une vaste métaphore visuelle des rapports de classe et de genre aux Philippines. Il se déroule dans un golf de luxe, ce qui, selon Manuel, est quelque chose de très en vogue là-bas en ce moment. Apparemment, avec les règles de distanciation pendant la pandémie, le golf a explosé dans le pays. Le parcours fait office de microcosme des dynamiques sociales et de genre aux Philippines.
Pendant le Q+A, Manuel a expliqué que le pays est extrêmement fertile sur le plan agricole, et que dans un endroit comme un golf, cette fertilité n’est appréciée que par une poignée de riches privilégiés. On sent une dichotomie très rigide entre les employés, les caddies et les femmes de chambre du resort. C’est un film d’une grande beauté visuelle. Difficile de croire qu’il s’agit d’un premier long pour le réalisateur, l’actrice principale, le chef déco et la costumière : leur travail dégage une vraie maturité et beaucoup d’assurance. C’est une superbe entrée dans le monde du slow cinema. J’ai adoré les plans fixes, avec très peu de mouvements de caméra. Tous les choix semblaient hyper intentionnels.
18 h MST
Je suis de retour dans un bar (sans alcool cette fois) et j’essaie d’échafauder un plan, même approximatif, pour continuer à vivre sans ce revenu fixe.
19 h 30 MST
Je descends la rue jusqu’à un resto de sushi et je m’installe. J’ai envie d’un petit morceau de Los Angeles. Je ne suis pas souvent sujet au mal du pays, mais là, ça me prend.
Samedi
31/1/26 10 h 08 MST
Ma troisième projection du festival était le film d’Andrew StantonIn the Blink of an Eye. C’est le genre de film qui rend absolument évident que Stanton a réaliséWALL-E. Pour être honnête, je m’attendais à un truc qui fait lever les yeux au ciel : nunuche, prévisible, conçu pour faire pleurer à coups de grosses ficelles. Et c’était en grande partie ça… mais bordel, j’ai été touché malgré tout. J’étais sûrement dans un état un peu vulnérable et ce film m’a attrapé pile au bon moment.
L’histoire s’étend sur 47 000 ans et explore la vie et la mort à travers les yeux de Néandertaliens, d’humains d’aujourd’hui et d’un groupe de survivants du futur qui tentent de coloniser une autre planète. Avec un peu de recul, ça ressemble quand même à une sorte de propagande bullshit à la SpaceX… C’est ça, le pouvoir du grand écran, dans une salle sombre remplie de gens : parfois, même un film très moyen te bouleverse et t’embarque. C’était clairement taillé pour séduire un public plus âgé, et ça a marché : les gens riaient à toutes les blagues ringardes et, à la fin, tout le monde reniflait et pleurait.
12 h MST
Je me suis ajouté sur la liste d’attente pourOnce Upon a Time in Harlem. Je croise les doigts pour que ça passe.
15 h MST
Ma quatrième séance du festival,Once Upon a Time in Harlem était une capsule temporelle absolument sublime consacrée à la Harlem Renaissance, signée William et David Greaves. Ils ont réuni des figures clés de cette époque dans l’appartement de Duke Ellington en 1972. Le film est tourné de façon à ce qu’on se sente comme un simple témoin des conversations. Des figures comme Ernest Crichlow, Eubie Blake et Arna Bontemps se remémorent le bon vieux temps et l’empreinte laissée par leurs contemporains comme W. E. B. Du Bois et Langston Hughes. C’est le dîner auquel je rêve d’être invité. Imagine un groupe d’intellos qui boivent, fument, racontent des histoires, jouent du piano, se chamaillent, tombent d’accord, éclatent de rire. Qui ne voudrait pas être là ?
C’était de loin le film le mieux habillé que j’aie vu ici jusqu’à présent. Peut-être parce que ce sont de vraies personnes, dans de vrais vêtements ? Peut-être aussi que, tout simplement, on s’habillait mieux dans les années 70 qu’aujourd’hui. Des costumes de dingue avec des revers allongés, des chemises à motifs aux cols exagérés, des cravates et des pantalons larges. Des robes en dentelle sublimes, des bijoux fantaisie extravagants… Il faut absolument qu’on retrouve ce niveau d’opulence. Si tu rassemblais aujourd’hui les équivalents contemporains de ces gens autour d’un dîner, est-ce que ce serait aussi beau ? Difficile à dire, mais je parierais que non.
16 h 30
En route pour Salt Lake City pour le film de Cathy YanThe Gallerist.
17 h 15
Arrivé pourThe Gallerist, ma cinquième séance du festival. Foule ultra chaotique. Le film s’ouvre sur la célèbre citation d’Andy Warhol : « Art is anything you can get away with. » En gros, c’est un film sur le fait que l’art contemporain, la plupart du temps, c’est du bullshit. Tout tourne davantage autour de la narration qu’on vend, du marketing et du battage fabriqué de toutes pièces que de la substance réelle d’une œuvre ou d’un artiste.
Visuellement, le film est très stylisé, avec une multitude de mouvements de caméra et de panoramiques hyper intéressants. Il est truffé de punchlines sur le milieu de l’art contemporain. C’est une satire des 1 % richissimes qui achètent des œuvres pour les enfermer à tout jamais, uniquement pour redorer leur image ou flatter leur ego. L’art contemporain, c’est vraiment du bullshit, en tout cas dans sa grande majorité. À chaque fois que je mets les pieds dans une galerie, je me sens un peu idiot. Bien sûr, je ne dis pas que je déteste l’art, ce serait absurde. Mais la catégorie Art Basel du monde de l’art, ou un type comme Mr. Brainwash ? Impossible pour moi d’adhérer, et ce film en est le parfait miroir.
Je serais curieux d’entendre Cathy Yan parler du milieu dans lequel elle situe cette histoire. Les looks étaient totalement raccord avec les uniformes tapageurs, ostentatoires et un peu kitsch qu’on voit à Miami pendant Art Basel. Charli XCX se fait renverser par une voiture dedans, lol. Globalement, c’est un moment de cinéma très fun.
23 h 40 MST
De retour à Park City pour ma sixième projection du festival, et le film que j’attendais le plus. La foule est démente au Ray Theater pour le premier long de Gregg Araki depuis presque dix ans,I Want Your Sex. Ils ont même installé des enceintes supplémentaires pour l’occasion.
Dimanche 1/2
1 h 50 MST
I Want Your Sexest de loin mon film préféré du festival. C’est juste un pur plaisir, un divertissement non-stop. Les films de Gregg Araki ont toujours les meilleurs t-shirts graphiques. Ici, Cooper Hoffman porte des t-shirts Sonic Youth et Madonna, et Chase Sui Wonders un tee Spahn’s Movie Ranch. Cooper Hoffman est une star en devenir. Lui comme Olivia Wilde livrent une performance vraiment courageuse. Vous comprendrez ce que je veux dire quand vous le verrez. La palette de couleurs est incroyablement rafraîchissante pour un film contemporain, sans gris ternes ni tons délavés : des verts, des roses, des bleus éclatants partout. C’était la toute dernière séance de minuit jamais programmée au Ray Theater, ici à Park City. La salle était électrique, entre éclats de rire et cris de surprise. On aurait dit un concert.
10 h 30 MST
J’ai enfin vu le film qui a fait le plus de bruit dans la presse spécialisée pendant le fest. Apparemment, le film d’Olivia WildeThe Invite a déclenché une bonne vieille guerre d’enchères façon Sundance entre studios. Ça aurait duré environ 72 heures et se serait conclu par une acquisition de 15 millions de dollars par A24. Le film renvoie un peu aux sex comedies fun des années 60 et m’a parfois rappelé le classique de Mike NicholsCarnal Knowledge. Le générique d’ouverture est ultra fun, et clairement pensé comme un hommage au générique duThomas Crowne Affair avec Steve McQueen.
The Invite a décroché parmi les plus gros fous rires du festival. Par moments, les gens riaient tellement fort que je n’entendais même plus les répliques suivantes. La BO signée Dev Hynes, très centrée sur les cordes, sublime et dramatise le récit tout en injectant une touche délicieusement camp dans plusieurs tensions du dîner. Film solide, je comprends pourquoi les studios se sont battus pour l’avoir. C’est sans doute le film le plus grand public et « audience-driven » que j’aie vu ici. Je suis sûr qu’A24 sent venir un nouveau carton romantico-comique au box-office, comme avecMaterialists l’été dernier.
12 h MST
Je ressens toujours un petit manque de ma chère Los Angeles. Un ami m’a recommandé un spot petit dej’/brunch pas loin, appelé Harvest. La carte ressemblait à celle d’un lieu branché sur Melrose. Pas exactement mon coin préféré de LA, mais au milieu de l’Utah, on s’en contentera.
13 h 30 MST
J’ai répondu à mes mails et commencé à monter les interviews que j’ai faites avec Rafael Manuel et Eugene Hernandez.
16 h 20 MST
Je sors tout juste du film de KogonadaZi et wow, c’est l’un des films les mieux filmés et les plus beaux du festival pour moi. Le récit est, dans le bon sens du terme, un peu flou, mystérieux et déroutant. Plus j’y repense, plus je le trouve d’une beauté hantée. Si j’ai bien suivi, le film reste coincé dans les derniers souvenirs de l’héroïne, âgée et atteinte d’Alzheimer, qui correspondent aussi au jour où elle rencontre l’amour de sa vie. La romance entre Zi et Elle donnait un peu des vibesMulholland Drive en mode perruque blonde très évidente. Le film est aussi dédié à Ryuichi Sakamoto. Sakamoto, si je ne me trompe pas, avait composé la musique deAfter Yang de Kogonada, donc c’était un très bel hommage à une légende absolue.
18 h MST
J’ai tout fait pour entrer à la dernière projection du film de John WilsonThe History of Concrete mais j’ai encore échoué. À part pour le film de Charli XCXThe Moment, c’est sans doute le film le plus difficile d’accès de tout Sundance. J’ai croisé plusieurs personnes en ville qui disaient aussi avoir tenté leur chance, en vain.
20 h 30 MST
Mon dernier film du festival, c’estHa-Chan, Shake Your Booty! au Library Theater. C’est la toute dernière projection Sundance à avoir lieu dans cette salle. L’équipe qui gère le lieu est visiblement très émue. Certains y sont bénévoles ou y travaillent pour le festival depuis plus de dix ans. Le film a incroyablement bien marché avec le public. S’il y a une chose à retenir de Sundance, c’est à quel point les spectateurs sont impliqués et réactifs. En tant que personne qui va très souvent en projection, je peux dire que ce n’est pas du tout la norme. L’enthousiasme est démentiel à chaque séance à laquelle j’ai assisté, au point de rendre même les films les plus « mid » assez spéciaux.
Ha-Chan, Shake Your Booty! est très stylé et très barré pour un film qui tourne autour de la mort d’un mari. Je dois avouer que je suis assez faible devant n’importe quel film qui se déroule à Tokyo. Globalement, c’était peut-être un poil trop « théâtreux camp » pour moi, mais j’ai passé un bon moment. Les personnages du film ont l’air d’avoir bon goût : l’intérieur de leur maison tokyoïte est sublime et on y voit des affiches dePunch-Drunk Love etAll That Jazz accrochées aux murs. Le carton-titre et tous les intertitres de chapitres sont fantastiques. J’adore quand les films ont un vrai sens du graphisme.
Lundi 2/2
5 h MST
Le festival est terminé. Je suis en route pour l’aéroport de Salt Lake City. J’ai le nez bouché et la gorge douloureuse. D’autres amis présents plus tôt dans la semaine me disent ressentir la même chose. À force de rester coincé dans des salles pleines à craquer plusieurs fois par jour pendant quatre jours, forcément, tu finis par tomber malade. J’adore voir des films sur grand écran, mais j’y ai clairement passé trop de temps ces derniers jours. J’ai la tête prête à exploser. Le Tylenol extra fort est mon meilleur ami, là tout de suite. Peut-être que je reviendrai pour la prochaine édition du festival à Boulder, Colorado. Seul l’avenir le dira.
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