Une voix plus qu’un flow, du groove plus que du beat - À la rencontre du prodige belge Swing

Spoiler : il est aussi agréable à lire qu’à écouter.

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Musique 

Disons-le tout net : le nouveau projet de Swing, ALT F4, est l’un de nos gros coups de coeur de ce début 2020. Au vrai, il le sera toujours en fin d’année. Le transfuge du cool groupe L’Or du Commun, membre de la génération dorée du rap belge, vole de ses propres ailes depuis son Marabout en 2018, et elles le portent aujourd’hui très haut avec son EP, dont le caractère abouti confine à la prouesse quand on sait qu’il ne compte que 7 titres. Il y a la richesse musicale qui se dégage du tout, avec ces prods envoûtantes empruntant à une grande variété de styles pour former un ensemble cohérent. Et puis, cette voix.

On présente Swing comme un rappeur du fait de son passif, mais il est bien plus qu’un flow. Une voix, on insiste. Vibrante, chaleureuse, sincère. Qui peut traîner dans le grave ou l’aigu sans qu’on ait jamais envie de la rattraper. Qui tressaille sur un sample de soul, attaque le beat et glisse sur la note de piano. Posée sur l’une de ses riches mélodies, on retrouve quelque chose de Frank Ocean, de Tyler, de ces artistes inclassables qui cassent ces barrières et mettent au ban ces cases par lesquelles on a l’habitude de catégoriser les artistes. Swing disait rêver d’atteindre “la Canopée” dans l’une de ses premières mélopées, gageons que ce raccourci clavier est le préambule d’un long chemin jalonné de succès. Présentations en bonne et due forme, avant une explosion programmée.

HYPEBEAST FRANCE : Swing, partons des présentations, et de ce nom. Pourquoi Swing ? On t’a entendu dire qu’il n’y avait pas d’histoire particulière autour, mais n’est-ce pas la traduction de ta capacité à chanter ?

Swing : Ouais, enfin à la base un nom vient dans un début de carrière, et au final je ne chantais pas du tout comme aujourd’hui. C’était plutôt par rapport au groove, et au fait que j’avais tendance à me placer un peu plus tard sur la mesure, j’aimais bien laisser des respirations, laisser traîner des fins de phrases… et c’est un mot qui veut dire un peu la même chose que groove, c’est un peu pour ça que je l’ai choisi. Ça fait aussi écho à mon prénom, je m’appelle Siméon, des fois on m’appelle “Sim”, il y a un lien. Et puis j’avais envie d’un nom court, pour que les gens m’appellent comme ça. Quand tu as trois syllabes, les gens ne vont pas t’appeler par ton nom complet.

Tu es originaire de Bruxelles, et tu as commencé à rapper avec ton cousin, c’est bien ça ?

Oui j’ai commencé avec mon cousin, Félé Flingue de son nom d’artiste. Un jour on était chez moi, on avait 17-18 ans, c’était les vacances, on s’ennuyait, on s’est mis à écouter du son, des vieux trucs, Lords of the Underground, à l’ancienne, avec des accélérations dans tous les sens. À cette époque je n’étais pas du tout amateur de rap, ou du moins j’avais du mal avec le rap qui se faisait à ce moment-là, et là j’ai flashé, c’était comme si je découvrais un autre style musical, alors que ça restait du rap. Donc j’ai écouté ce rap des années 90, d’abord East, puis West Coast. Snoop, Dre bien sûr, mais aussi Tha Dogg Pound, Domino… Des influences qu’on a pu retrouver chez L’Or du Commun.

Comment s’est formé L’Or du Commun, justement ?

J’ai donc commencé avec mon cousin, et à mes 18 ans je vais à la fac à Bruxelles, à ce moment là j’écris vite fait. Puis je fréquente un foyer culturel, où il y avait un mec qui avait un home studio, un autre qui rappait, et on a commencé à trois comme ça, mon cousin Félix se ramenait de temps en temps, on a fait quelques sons. Et puis il y a une team à Boitsfort qui a commencé à faire du son autour d’un gars qui est maintenant notre manager. Il avait aussi un home studio dans son garage. On a commencé à se capter, et on a monté L’Or du Commun avec deux membres de la grosse team de Boitsfort, Primero et Loxley, et mon cousin et moi. Des mecs de 18 ans qui se captent et qui font du rap.

2012/2013, c’est un peu le moment où débute toute la génération dorée du rap belge. Tu rencontres d’ailleurs très vite Roméo Elvis et apparais sur son premier EP.

On a commencé en 2012, avec de la chance on a eu assez vite de petits concerts. On avait même pas d’instrus, on les téléchargeait sur YouTube et on freestylait 30 min, c’était ça les concerts. Et plus ou moins un an après on croise Roméo. Ça a matché musicalement, on était dans le même délire, on a commencé à traîner ensemble, il venait aux concerts. Les gens ont pu dire qu’on l’avait découvert, mais non en fait, on était tous jeunes, on a tous commencé au même moment en fait.

De là, après plusieurs projets avec ODC, tu te lances en solo en 2018, avec Marabout. Tu as dit que le move était motivé, et c’est curieux, par la volonté de “sortir de ta zone de confort” ?

J’ai une personnalité un peu comme ça. Je suis tranquille quoi. Donc des fois c’est cool, et d’autres je me dis : “Mais bouge toi en vrai, t’es là, t’as la chance de faire de la musique, tu rencontres des gens, essaie de creuser un peu plus“. Donc c’est ce move là que j’ai eu. Après il y a aussi eu le fait de faire le backing de Roméo sur la tournée de Morale 2, et le fait de finir mes études. Tout ça est arrivé en même temps, et je me suis retrouvé dans un “je fais quoi ? Il faut que ça avance“.

Si ta carrière solo a débuté récemment, on sent déjà une ligne directrice assez claire. Musicalement déjà, il y a une appétence pour le mélodieux. Tu dis d’ailleurs que c’est ce qui te guide, la mélodie plus que l’écriture.

Je suis issu de ça. Quand je te dis que la première claque musicale que je me prends c’est du rap ricain et non français, quand je me mets à écrire du rap français, je n’en écoute pas. Ça montre que le flash que j’ai eu pour cette musique, il n’est pas lyrical mais musical. C’est intéressant parce qu’il y a des tas de rappeurs avec qui c’est le contraire, qui ont été marqués par des textes, du coup ça change vraiment la manière dont tu évolues après en tant qu’artiste. Après le fait d’avoir fait de la musique en groupe avec des gars qui avaient d’autres influences m’a ouvert aussi et fait travailler l’aspect écriture.

Photo Swing

Quelles sont tes influences musicales du coup ?

J’ai eu plusieurs périodes. La pop/rock de l’adolescence, où on écoutait du Sum 41 et Offspring en faisant du skate… Ma soeur écoutait du MC Solaar, ma mère les Fugees, Bob Marley, Michael Jackson, de la musique africaine… il y avait quand même pas mal de variété. Mais le point central c’est la soul, avec du recul, je crois qu’il y en avait un peu dans tout. Je pense que ça se retrouve un peu dans la musique que je fais. Mais je suis aussi quelqu’un qui, quand il se passionne pour un truc, y va vraiment à fond. Quand j’ai découvert le rap, j’ai rattrapé le retard en 6 mois en téléchargeant tout ce que je pouvais, jusqu’à des trucs très underground, j’étais fanatique. Et dans cette époque des années 90, il y avait beaucoup de choses mélodieuses. Tout ça a construit ma perception : rien que le fait que j’écoutais les Fugees sans me dire que c’était du rap, ça veut tout dire, c’est que pour moi Lauryn Hill ou Wyclef Jean, ça a toujours été du chant et du rap. Du chant et du rap. Ce groupe représente vraiment ce truc. Donc même quand les gens parlent de mon EP en mode “c’est du rap mais en même temps…” c’est que pour moi ça a toujours été ça le rap ! Ça a toujours été dans mes influences. Je n’ai pas l’impression d’avoir poussé le délire. Le seul truc c’est que ça n’est pas français. Donc par rapport aux codes du rap français, c’est original. Mais tu vas aux States, tu prends les gros noms, c’est la base pour eux, que d’arriver avec une mélodie gospel, des guitares rock… Chance The Rapper, Tyler, ça fait longtemps qu’ils font ça. Et personne ne va dire, “c’est chelou“, “mais t’es dans quoi ?“.

Mettre dans des cases, il se dit que c’est quelque chose de très français…

En fait ce qui m’interroge c’est l’écart qui ne se réduit pas entre l’ouverture d’esprit et ces barrières musicales. Ça m’interpelle, parce qu’on s’en fout au final. Je trouve que ça manque un peu d’ouverture d’esprit dans le milieu ici. “Est-ce que c’est du rap ou pas“, n’est-ce pas un faux débat ? Est-ce que c’est important ? Non, pas du tout. Et je pense que c’est réducteur même, c’est pas parce que c’est rap que ça n’est pas autre chose dans le même temps. Et dans un album, on peut avoir un morceau dans l’identité rap, un autre ailleurs… C’est d’ailleurs ça le vrai truc dont je suis content avec mon dernier projet, au-delà du retour des gens, c’est qu’après je peux venir avec tout ce que je veux, je ne me suis enfermé dans rien, j’ai ouvert des portes que j’ai envie d’explorer, ça me donne énormément d’envie pour la suite. Je suis content de la place musicale qu’il prend, parce que c’est celle que j’ai envie d’occuper. Celle d’un mec un peu inclassable, en équilibre sur plein de trucs, qui suit juste ses envies, et qui arrive à créer un lien entre les morceaux parce qu’il a quand même une idée assez claire dans la tête.

La richesse musicale de ton dernier EP est étonnante. Pour un 7 titres qui plus est, retrouver autant de mélodies empruntant à tant de styles, c’est une prouesse.

En vrai c’est dans mes influences. La difficulté était de s’entourer des bonnes personnes. Une fois que tu as trouvé les bonnes personnes, il n’y a plus de limites. J’avais une idée assez claire de ce que je voulais, je voulais un truc qui me ressemble, mais vu que ça n’est pas dans les codes actuels en France, il fallait trouver les gens avec qui partager ces goûts là. Et il y en a : Duñe et Crayon par exemple, ils ne sont pas dans le rap, mais ils sont hyper soul. Sam Tiba, il vient de la techno mais c’est fan de Kanye, il dit “faut pas m’appeler pour un hit, mais si tu veux du fucked up pas de souci“, et il sample des trucs fous. Et puis PH Trigano… Tout ça s’est fait via des rencontres. Et c’est ce qui a fait que le projet est ce qu’il est, on a réussi à créer une team où on avait tous ces goûts là.

Il paraît que le projet a été bouclé très rapidement…

Oui, j’ai fait la première session en mai. Quand il y a des prods comme ça qui se font, des accords qui sortent au piano, une mélodie, le truc se construit, c’est le meilleur moment. Pendant que j’écrivais, eux allaient plus loin. Tout s’est fait dans l’instantané, c’est la magie. Et il faut mettre les choses en place pour que ça arrive le plus souvent possible. Avec différents producteurs en plus, qui ne se connaissaient pas tous, ça n’était pas évident sur le papier, mais ça a matché de dingue. Donc pour la suite, je sais que la team ne va pas bouger. On prendra plus de temps. Là je voulais arriver vite avec un EP, pour bien présenter là où j’en étais musicalement deux ans après le précédent projet, et en vrai je trouve qu’on voit que depuis Marabout, ça n’a rien à voir. Je suis content de l’avoir fait. Et c’était aussi pour moi de l’expérimentation, je sors de ce processus avec la certitude que ma couleur musicale est là, et que maintenant je vais arriver avec un truc solide.

Tu dis toi-même être inclassable… Comment décrirais-tu ta musique finalement ?

Spontanée, qualitative, et… deep.

Tu poses le terme de deep, c’est une autre constante qu’on aura remarquée dans ta musique, et qu’on retrouve là bien plus en amont du lancement de ta carrière solo : ces paroles sombres, tantôt critiques sur la société, tantôt introspectives et désenchantées, ou l’expression de tes peurs et de tes doutes.

Je dirais qu’elles sont mélancoliques. Je pense que j’ai un côté candide. Encore maintenant, je n’arrive pas à m’habituer à certains trucs. C’est plus une sorte d’hyper sensibilité, je pense qu’il y a beaucoup d’artistes comme ça, hyper sensibles, et je pense l’avoir toujours eu. Et puis c’est un vivier infini que d’écrire sur l’humain. Du coup c’est une façon d’écrire sur toi. Ce que je vais reprocher à la société ou à certains traits de l’humain, ce sont des choses que je me reproche à moi-même quelque part. Je pense aussi que c’est normal d’être révolté actuellement. Ce serait presque démago que de faire comme si tout était rose. Moi en tout cas je n’y arrive pas, dont ça se retransmet dans ma musique. Pas que j’ai l’impression que c’est mon rôle, c’est juste naturel pour moi de parler de ce genre de choses. Et ce n’est pas pour donner un message, c’est juste que ce sont des choses qui m’inspirent.

Tu as aussi pu dire qu’écrire apaisait tes questionnements.

J’irais plus loin que ça. J’ai fait des études scientifiques, donc j’ai cet esprit factuel, j’ai besoin de comprendre les choses en profondeur. J’analyse, et je veux comprendre. Donc je me ramasse un mur sur les grosses questions philosophiques : qu’est-ce que tu fais sur terre, c’est quoi le but ? En gros les grandes questions, et des questions sans réponses. Donc écrire n’apaise pas mes questionnements, c’est plutôt que trifouiller là dedans me permet de me dire qu’au final c’est cool qu’il n’y ait pas de réponse. Ça m’apaise dans ce sens là. Parce que ça serait chiant si on avait réponse à tout. C’est même beau. T’es là, est-ce qu’il y a besoin d’une raison ?

Faut trouver le bon dans ce que la douleur apporte. C’est par tes mots qu’on a envie de qualifier tes écrits. Ça paraît désenchanté, mais il y a comme un message positif derrière. Du genre, ça va aller mieux.

Faut trouver le bon dans ce que la douleur apporte. Oui. Ou Tout est gris. J’aime beaucoup ces moments qui sont tristes et beaux. Cette phrase c’est une façon de dire que quand il arrive un truc, ce moment après, tu as les choses en mains. Pour faire en sorte que la chose négative devienne positive, d’une manière ou d’une autre. Si ça permet au moins de ne plus faire la même erreur, c’est déjà positif.

Entre ces lyrics et la richesse mélodique qui se déploie dans tes sons, on a envie de parler de mélange doux amer pour qualifier le tout.

J’aime beaucoup ce type de musique. Ça me fait penser à Frank Ocean, Jaden Smith aussi, cette DA du soleil qui se couche, rosé… Je trouve que ça représente bien ma musique. C’est beau, un peu triste, mais c’est beau. C’est ce que je vise. Sans prétention en tout cas, mais c’est cette image que j’ai en tête.

On parle donc d’un album pour bientôt ?

Bah… Je ne sais pas en fait. Là on finalise le prochain projet de L’Or du Commun. 2020 ce sera ça. Mais j’espère revenir début 2021 avec quelque chose. Si j’ai le temps de faire le gros projet ce sera ça, mais ça ne me dérangerait pas de sortir un autre EP, tout en avançant en parallèle sur l’album. Je n’ai pas envie de me grouiller. La team on l’a, le plus dur est fait dans ma tête. Reste à voir si je fais une petite transition avec un EP ou si j’arrive direct avec la patate. Mais même si c’est un EP, ne t’inquiète pas, ce sera la patate aussi.

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