Kylian Mbappé

Dans le salon de la star du football avec la jeunesse bondynoise

Là où les rêves n’ont pas d’âge

Direction artistique et récit: Hanadi Mostefa
Interview: Hanadi Mostefa et Léo Vanpoulle
Photographe Mbappé: Nicolas Yoka Bikoko – Assistant PA Mulier Photographe: Julien Lienard
Assistant Lumière: Noa Dorbeau et Remi Sourice Digital operator: Quentin Larcher

Stylisme: Louis Battisteli/09h29 artspacestudio Lieu: Bondy Layout Design: Jacky Liu

Né en 98 année de la Coupe du monde, dans une des banlieues les plus connues de France dans le 93. À croire que ces deux numéros complémentaires ont assuré un loto gagnant à celui qui ne cesse d’écrire l’histoire à chaque but marqué, chaque sortie médiatique – “si je devais choisir entre Messi et Ronaldo dans mon équipe je me mettrais sur le banc pour que les deux puissent jouer”. Mais un peu comme bébé dans Dirty Dancing, on ne laisse pas le kid de Bondy dans un coin. On l’installe là, au milieu de la pelouse, sur un canapé. Parce que le terrain est devenu son salon. Et chaque weekend nous sommes des milliers à le regarder choisir le programme télé : dribbles, passements de jambes, feintes de frappe et but(s). Dans le salon Mbappé met ses crampons, et les derniers qu’il ajuste sont à son nom. Nike lui a offert une collection en hommage à sa ville, et à ses ambitions : BONDY DREAMS. Il est ainsi devenu le footballeur le plus jeune au monde à avoir une telle reconnaissance. Et le premier Français.

Kylian le dit, tout a commencé à Bondy. Et pour d’autres tout commencera aussi ici, dans cette même ville de la banlieue nord-est de Paris. Jasmin rêve, Nicolas rêve, Morgane rêve et Ibrahim rêve aussi. Loin des spotlights ces natifs de Bondy que nous avons souhaitez mettre en lumière forgent leur avenir mais surtout, savent qu’ils peuvent rêver. Avoir le droit, s’autoriser à, c’est aussi cela que Kylian a peut être, sans s’en rendre compte lorsqu’il retirait les billes du terrain synthétique de Bondy de ses chaussures, transmis à ceux qui font désormais le Bondy de demain. Parce que eux aussi. Parce que vous aussi.

“Mon style je le tiens d’ici, toutes mes gammes c’est ici que les ai répétées”
— Kylian Mbappé

Kylian Mbappé 21 ans
Champion du Monde

“Mes premiers pas de footballeur, je les ai faits ici, sur ce terrain, où j’ai laissé une partie de moi. Vous voyez que c’est un synthétique aujourd’hui, mais à mes débuts c’était un stabilisé. Ce sont ces premiers souvenirs qui me viennent en tête quand je pense à ce terrain et au début de ma vie à Bondy. J’ai quitté la maison pour réaliser mon rêve de devenir footballeur professionnel, et si désormais c’est sur une autre pelouse que vous me voyez chaque weekend, c’est exactement ici que tout a commencé. Les efforts, les entraînements, mais surtout le rêve. Si les ‘dreamers’ apprendront avec l’âge qu’on parvient à atteindre un but avec le travail, personne ne doit les empêcher de rêver. Derrière la pugnacité se cache aussi le plaisir. Plaisir du foot et du jeu pour moi, mais il existe dans cette ville et dans toute l’Île-de-France de nombreux talents qui veulent réussir, dans le sport ou dans d’autres domaines. Il faudra leur tendre la perche, les écouter, croire en eux. D’ailleurs, si on parle de confiance, je pense immédiatement à mon père ainsi qu’aux éducateurs qui m’ont accompagné jusqu’à mes 14 ans, âge auquel j’ai quitté ma ville. Mon style je le tiens d’ici, toutes mes gammes c’est ici que les ai répétées. C’est ici qu’est né mon rêve. À votre tour de poursuivre le vôtre”.

Les Dreamers de Bondy, les talents de demain
Ibrahim Fonba 13 ans
Joueur de l’AS Bondy

Il a débuté le football à ses 11 ans, ses coéquipiers le présentent déjà comme la petite pépite du club, et si de prime abord Ibrahim apparait réservé, il a déjà les codes d’un footballeur pro lorsqu’on lui pose nos premières questions. Le dos est droit, le menton relevé, le discours répété. “J’aime bien les défis et dans le football vous rencontrerez beaucoup de personnes qui ont envie de réussir et ça, ça me motive encore plus. Vous ferez face à des équipes toujours plus fortes  avec l’envie de les battre. Ça vous forge un mental”. 13 ans donc et des réponses d’adultes. Une verve que le défenseur central aiguise chaque weekend en sa qualité de capitaine de son équipe des U14. “Ne pas prendre de but et favoriser l’attaque” telle est l’ambition d’Ibrahim à chaque match qui espère intégrer un centre de formation. Et lorqu’on ne peut s’empêcher de lui demander si le parcours d’un autre bondynois bien connu l’a inspiré la réponse est immédiate : “Ça nous prouve que tout est possible. Même en partant d’ici”. Avec dans le viseur, le FC Barcelone, son club favori, c’est pour l’instant le joueur d’une tout autre équipe qui attire toute l’attention du kid : Virgil van Dijk le défenseur de Liverpool “qui ne s’est jamais fait dépasser cette année”. Un leader, un patron, pour montrer l’exemple conclut Ibrahim. Sans pression.

Morgane Machado 15 ans
Double championne de France du roller vitesse

Les mains sont cachées dans les manches de son pull, le regard souvent tourné vers sa maman Sylvie. Morgane est ce qu’on pourrait qualifier de fausse timide. Beaucoup de “je ne sais pas” étouffés dans un sourire gêné qui laisseront peu à peu place à une assurance aussi bien ficelée que ses patins qu’elle a décidé d’enfiler à l’âge de 6 ans. Depuis Morgane enchaine les entrainements avec son papa Carlos et ramène les coupes à la maison. La dernière en date : une 1ère place au championnat de France de vitesse indoor de roller. “Il faut voir la première fois qu’elle a gagné ce titre, elle n’avait même pas réalisé qu’elle était première”. Sylvie nous tend une vidéo. Morgane enchaine les tours sur piste jusqu’à distancer largement ses adversaires. Une prestation qui lui permettra de se faire remarquer par l’équipe de France qui l’embarquera le temps d’un stage. Et si glisser sur le parquet pourrait s’apparenter à une danse quasi nonchalante, le léger trauma crânien avec lequel sortira Morgane de cette expérience rappelle que la discipline peut être dangereuse. “Elles vont jusqu’à 34km/h” détaille Sylvie qui explique que le roller est un véritable investissement physique mais aussi financier. Une paire à presque 1000 euros pour la championne qui doit souvent expliquer à ses camarades qu’elle n’est pas partie faire du roller sous les stroboscopes le tout sur une playlist des années 80. Même si elle peut compter sur Carlos, son Daddy Cool.

Nicolas Yoka Bikoko 19 ans
Photographe

On sent que l’oreille est attentive au moment de donner les intentions photographiques à Nicolas, qui shootera pour nous la star du jour. Il nous redemande : “Donc je m’avance et je me recule pour avoir plus de champs c’est ça ?”. On le rassure, parce qu’on veut qu’au-delà du fait que la prise soit réussie, Nicolas savoure ce qu’il est en train de vivre. Qu’au moment où l’appareil fera click, il aura eu le temps de s’ancrer dans le sol, de relever l’œil de son viseur pour réaliser que devant lui se tient un autre homme aussi rêveur que lui. Un kid de Bondy comme lui. “Poouhhhh on a réussi”. La jeune pousse relâche la pression, sourire immédiatement ravalé par un haussement de sourcils, le regard de nouveau dans le vague, comme s’il était de nouveau reparti dans ses méandres intérieurs. Nicolas est venu avec sa sœur, qui se tient derrière lui sans bruit. La supportrice scrute tout d’un regard concentré, sans doute pour raconter plus tard à Nicolas ce qu’il n’aura pas eu le temps de voir durant ces quelques minutes. Sa note de bas de page. “Avec la photo je concrétise ma vision à travers une image”, explique le garçon qui admet s’être essayé au dessin et à la musique avant d’être absorbé par son boitier. “C’était le genre le moins abstrait pour moi. En photo j’ai commencé par l’architecture mais ce qui m’a le plus libéré c’est le portrait, avec cette satisfaction qu’avec un seul outil on peut faire partager sa vision des choses, partager des sentiments”. À ces visages qu’il immobilise, Nicolas rajoute des fruits, des miroirs, tout un univers poétique témoignage de sa sensibilité. Au moment de nous quitter, un large sourire traverse son visage. Ce dernier portrait est assurément réussi.

“C’était vraiment important pour moi de rendre hommage à cette ville et à ce club donc qui m’ont tant apporté”
— Kylian Mbappé
Jasmin Nahar 23 ans
Aspirante réalisatrice

“Je veux bien des tips pour savoir comment on fait quand on est une femme dans l’industrie”. Cette question Jasmin nous la posera en partant. Et on lui glissera dans les couloirs du Gymnase attenant à l’AS Bondy que cela tient en trois mots : savoir dire non. En quittant l’enceinte carrelée et en s’assurant que Nouredine ferme bien à clé derrière nous on se dit que Jasmin apprendra très vite à dire “je ne suis pas d’accord”, c’est déjà ce qu’elle a commencé à faire. En choisissant le genre du documentaire la jeune femme se positionne déjà comme un porte-voix. Mais avant de réussir à réaliser le projet sur lequel elle écrit en ce moment, “sur la représentation des femmes dans le cinéma de banlieue”, Jasmin a vite compris qu’il fallait qu’une économie de service s’installe : “j’apprends les différents corps de métier avant de produire en enchainant les petits boulots et au cinéma on n’est pas intelligent tout seul, il fallait que je rende assez de services aux gens pour leur demander de m’en rendre un plus tard (rires)”. Un capital social sur lequel elle forge aussi sa sensibilisation visuelle. “J’ai de l’amour pour le cinéma mais aussi pour les clips de hip-hop qui ont bercé mon adolescence”. Alors Jasmin devient petites mains pour accompagner la direction de casting de clips musicaux. Être une femme demande déjà souvent plus d’efforts, si celle-ci a grandi en banlieue loin des cercles fermés du cinéma, alors le gouffre peut sembler abyssal. Mais dans les gouttes de sueur, apparaissent toujours le sel qui viendra relever le parcours. Ces petits grains qui, réunis tous ensemble forment une masse visible. Maurice Pialiat et son portrait de la banlieue parisienne “L’amour existe (1960)”, Alice Diop et son documentaire “Vers la tendresse”, Manon Ott et son sublime “De Cendres et de Braises” déambulation poétique mais sans artifice dans la cité des Mureaux. Ce sont ces grins de sel qui donneront le goût à Jasmin mais aussi à beaucoup d’autres de relever la tête et le plat qu’ils s’apprêtent à nous servir. Ladj Ly en nouveau chef 5 étoiles. Pour raconter il faut vivre c’est ainsi que Jasmin cite également le Bondy Blog : “J’aimais bien ce principe de “chacun choisi son champ d’expression mais tu racontes quelques choses que tu connais, forcément mieux que les autres”. Blog important du paysage médiatique et place où se font aussi les rencontres. “Yamina Benguigui c’est une Madame je l’avais rencontré au Bondy Blog et tout le travail d’archives qu’elle a réalisé sur le travail des immigrés dans notre pays est spectaculaire”. Madame Jasmin.


Credits
Videographer
Producer : Luke Smits
D.o.p : Keanu Haumahu, Editing : Julius Ignacio
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