Mon papa à moi est un rappeur

Mon papa à moi est un gangster, il fait partie du ministère amer”, rappait Stomy Bugsy en 1996. Une maxime légendaire du rap français qui ne résonne peut-être pas dans les playlists de la scène actuelle (poke Koba LaD) mais qui a marqué toute une génération. Et c’est à ce prince des lascars de l’époque que l’on doit l’inspiration du titre de notre éditorial spécial fête des pères. En ce dimanche 16 mai nous avons souhaité célébrer les papas, ceux qui “sortis tout droit d’une ambiance folle tôt le ma-tin les amènent à l’école”. Ceux qui enrichissent tous les jours les rimes et les accords, ceux qui veulent que leur progéniture se rappelle que “le savoir est une arme”, ceux qui viennent des tess bouillantes où ils ont mis quelques patates de forains, les Rambo, Travolta et Big Daddy, et ceux qui veulent qu’on aime “jusqu’à la muerte”.

Jok’Air 27 ans et son fils Davidson 5 mois

Jok’Air : “Quand il est venu au monde je n’ai pas réalisé sur le coup. Ils m’ont laissé tout seul avec lui dans une pièce le jour de sa naissance et en le regardant j’ai eu un sentiment immense de joie mais aussitôt mélangé à de la peur. “Maintenant je ne suis plus tout seul”, voilà ce qu’on se dit en une fraction de seconde. Tout ce que j’estimais faire pour moi avant je le fais pour lui maintenant”.

“Depuis qu’il est rentré dans ma vie je ne connais plus la flemme. Je me donne deux fois plus, bon déjà c’est lui qui me réveille le matin et la nuit (rires). Je crée en fonction de Davidson, par exemple parfois on est à la maison avec la musique à fond et je compose dans ma tête. Je n’ai jamais écrit sur papier du coup il assiste à mes freestyles. Il ne capte rien mais c’est mon premier public, dans quelques années il pourra m’aider : “non papa c’est pas bon ce que tu viens de faire” (rires).

Seth Gueko 38 ans et son fils Djibryl 17 ans

Djibril : “Quand tu es petit, tu ne te rends pas compte que ton papa est un rappeur. Tu réalises en grandissant, au collège/lycée quand les autres te le rappellent à la récré : “Eh mais tu es le fils de Seth Gueko“. Évidemment c’est un peu comme un footballeur, on se demande si “le fils de” va être aussi bon que son père. Je fais du rap moi aussi, plutôt de l’afrotrap, musicalement parlant il est difficile de comparer ces deux genres mais évidemment les gens ne peuvent pas s’empêcher de le faire. Je me suis un peu voilé la face au départ, je ne pensais pas que cet amour de la musique me venait de lui mais avec le recul maintenant, je vois à quel point ça a influencé ce que je fais aujourd’hui. Dans le clip de “Patate de forain”, il y a un petit garçon à la fin qui met une patate justement à la caméra. C’était moi. C’est un des seuls souvenirs liés au rap que j’ai avec mon père étant petit. Je devais avoir 5 ans pas plus, je me rappelle avoir dû recommencer la prise plusieurs fois. Le Seth Gueko rappeur, c’est le même que le Seth Gueko papa avec moi. Il est cru dans ce qu’il fait, il va me dire ce qui ne va pas, quitte à me vexer assez frontalement. C’est son style. Mais il sait aussi distribuer des conseils et féliciter”.

Seth Gueko : “J’ai eu Djibryl très jeune, j’avais 22 ans. Je l’ai considéré longtemps comme mon petit frère, j’ai mis du temps à assumer d’être père. Je me suis aussi rendu compte que j’étais dur avec les garçons, j’attends beaucoup d’eux et trop rapidement. Par exemple je me rappelle que je voulais que Djibryl joue très vite et bien aux jeux vidéos. Je le voulais mais je n’avais pas mesuré les responsabilités que c’était. Je réalise qu’il s’en est pris plein la figure, pas physiquement mais mentalement. J’étais moi-même encore un petit garçon qui avait un autre petit garçon. Notre complicité est revenue ces dernières années, son amour pour le rap a resserré les liens. J’ai découvert l’admiration qu’il avait pour moi en cachette. Par exemple la photo que nous avons faite là, avec ma main sur le visage, il ne me l’avait jamais demandée. Tous les fans me la réclament, lui n’avait jamais osé”.


Landy 23 ans ans et sa fille Keila 4 ans

Landy : “Je suis un papa très protecteur. Quand elle est née j’ai ressenti beaucoup beaucoup d’amour, il n’y avait aucune peur. Elle m’a justement donné la force d’arrêter les bêtises. Je compose aussi beaucoup avec elle à mes côtés, on peut dire qu’on fait un duo (rires). Et si ça peut lui donner envie de faire de la musique plus tard, on ne sait jamais. J’avais la même relation avec mon père, il faisait de la musique devant moi et regarde maintenant, c’est à mon tour. Quand je vais la chercher à l’école elle est super fière : “regardez c’est mon papa. Toute la journée elle annonce à tout le monde que j’arrive.

Keila : “Tu trouves pas que mon papa il est magnifique ? Moi je le trouve magnifique. Attends regarde (elle mime les gros bras) : “Costaud papa !. Mais il est aussi un peu fou papa des fois, et quand je chante avec lui je ne me rappelle pas toutes la paroles par contre. Au fait toi tu vas faire quoi ce weekend ? Moi ce weekend je vais manger des gnocchi. J’adore les gnocchi. Et je pourrais revenir ici la semaine prochaine ? 


Stomy Bugsy 47 ans et ses deux fils Bilal 27 ans et Lat-Dior 5 ans

Bilal : “Mon papa à moi ce n’était pas un gangster, c’était un amour. Tôt le matin il m’amenait à l’école et s’il ne pouvait pas venir me chercher à 16h30, c’était ma tante ou ma grand-mère. Avoir un papa star du rap dans les années 90 ce n’était que des avantages et seulement 5% d’inconvénients. Je rappe moi aussi, j’écris et mon père a mis la barre tellement haute que finalement je n’ai aucune pression par rapport aux autres. La seule peur que j’ai eue, c’est lorsque que j’ai rappé devant lui la première fois, quand je lui ai montré ce que j’écrivais”

Stomy Bugsy : “Avoir mon fils à 20 ans ça m’a donné un courage absolu et une force que je ne soupçonnais pas d’avoir en moi. Je ne savais pas que j’avais l’instinct paternel et ça m’a donné la force d’arrêter les conneries, et l’envie de protéger encore plus ma mère et ma petite soeur. Quand on était petits avec le Ministère Amer nous nous sommes faits expulser de chez nous, et je me suis retrouvé dans la rue avec mon petit. C’est à ce moment là que je me suis dis : “faut que je casse la baraque pour pouvoir les protéger”. C’était merveilleux d’avoir un petit avec moi et j’étais bien entouré, je le trimballais partout même quand j’allais chez des meufs (rires). Il était avec moi tout le temps c’était naturel, c’était mon mini-moi. Une dose d’amour exceptionnelle. Avec Lat-Dior qui a 5 ans j’ai plus à courir les promos, le tourbillon du star system. J’ai fait de mon mieux mais quand tu élèves un enfant, mieux c’est pas assez”. 


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Editor
Hanadi Mostefa
Creative
Hanadi Mostefa
Photographer
09h29 Artspace Studio
Stylist
09h29 Artspace Studio
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